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Full text of "Les vieilles chansons populaires du Berry; [étude, suivie de vingt chansons harmonisées]"

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es 
Les vieille? 






Les Vieilles 

Chansons Populaires 

du Berry 



PAR 



HUGUES LAPAIRE 



Étude sur les vieilles chansons populaires du Berry, suivie de VINGT CHANSONS 

choisies parmi les plus anciennes et harmonisées par MM. Francisque Darcieux, 

André Coedès-Mongin, Léon Branchet, M"" Aimée de Mourgues. 



Prix net : 2.50 



Paris 

ALBERT BESNARD, Éditeur 

26, rue Antoinette 



Hugues ElJïPaiSMEl 
******* 



1res Vieilles Chansons 

Populaires du ÏBerrij 



Accompagnement de Piano par 

Francisque Darcieux André Cœdès-Mongin 
Léon Branchet M Aimée de Wourgues 







M.I'.KKI BESNARD I diteur, 2b. Rm 

I 



M 



11 










DEC 






10 3 3 9::; 



TÂBL1 



AVANT-PROFOS. 



Première Partie 

Pat» 

I. Le Briolage i 

II. Les « Ronds » et les « Dardelantes » 4 

III. Les Chansons de Bergères 7 

IV. Les Chansons de Conscrits 12 

V. Les Chansons de Noces 14 

VI. Les Chansons de Métiers 18 

VII. Les Chansons de Fêtes 20 



Deuxième Partie 

La Bergère aux Champs 22 

2. Faut-il et' si près d'un Rosier 24 

3. Le Vendeur 25 

4. La Fille d'un Prince 27 

Voilà six mois que c'était le Printemps 29 

6. La Belle Angélique 31 

7. La Promise 33 

Le Retour du Conscrit 35 

Ohé! Oho! 37 

Le Gars brûlant 39 

La Chanson du Grenadier 41 

Marche des (lais de La Châtre 43 

Le Jeune Volontaire 45 

14. La Demande eu Mariage 47 

15. Les Pleumes de Haut' 49 

16. La Savante qui veut se tune aussi belle que sa Dame 51 

17. Le Cornemuseux d'Marmignol 53 

18. La Irène Garellt 55 

19. Vive le Vin! 57 

20. Noël! 59 






Ouvrages du même Auteur: 

&8 



Poésies 

Au Pays du Berry (A. LEMERRE) , , 

Sainte-Soulange (CRÉPIN-LEBLOND. à Moulins) 2 . » 

Au Vent de Galerne (CRÉPIN-LEBLOND, à Moulin») 350 

Les Rimouères d'un Paysan (SANSOT) 3 , 

L'Annette. — Noëls berriauds. — Les Chansons berriaudes 

( Volumes épuisés J. 



Romans et Nouvelles 

Le Courandier (BOIV1N & C") , < 

Le Fardeau (CALMANN-LÉVY) 3 . 50 

L'Épervier — Prix Jean Revel 35 o 

Les Accapareurs (CALMANN-LÉVY) Prix Balzac 3.50 

Les Demi-Paons (E. FIGUIÈRE) 3 50 

Jean-Teigneux (E. FASQUELLE) 3 J0 

Ames Berrichonnes (BLOUD & C") x ^ 

Au Berry des Treilles (BERRICHON DE PARIS) 1.50 



Divers 

La Bonne Dame de Nohant, collaboration F. Roz (SOC. D'ÉDITIONS) 3 

Le Patois Berrichon (CRÉPIN-LEBLOND) 2 

Vielles et Cornemuses — — 3 

Les Mémoires d'un Bouvreuil (BOIV1N & C") 9 

Le Célèbre Galafat — — 3 

Le Pays Berrichon (BLOUD & C 1 ') — Prix Montyon 1 

La Mé Fanchoune (BERRICHON DE PARIS) 

La Demande, collaboraiion G. Nigond (BERRICHON DE PARIS) 1 



% 



Avant -Propos 



<■■■■ •£'• 




'est à l'invention naturelle et spontanée de poètes anonymes, que nous devons 
ces chants rustiques, imprégnés d'une délicieuse saveur locale et d'une naïveté 
qui demeure inimitable. 

Notre rôle s'est borné à recueillir quelques-unes de ces vieilles chansons, pour 
les préserver de l'hérésie que commettent certains notateurs en les arrangeant 
et en substituant de mauvais vers aux humbles paroles qui accompagnent ces 
chants et qui en font tout le charme (I). 

Ces Pastorales qui n'ont rien d'un genre que l'on est convenu d'appeler ainsi en Littéra- 
ture, sont souvent très frustes et d'un relief parfois brutal. Il leur manque évidemment l'esprit 
de mesure et la grâce dont les eut accompagnées un hellène qui comme Théocrite aurait eu 
besoin de chercher hors des voies de l'Art pur, une source où rajeunir son talent et renouveler 
son imagination épuisée. Telles elles ont jailli de l'inspiration du peuple, telles nous les donnons. 
C'est un bouquet de fleurs des champs épanouies en terroir bernaud. Je les y ai cueillies ; je 
vous les offre avant qu'elles ne soient foulées aux pieds ou dispersées au vent de l'oubli. 



HUGUES LAPAI RE. 



(i) George Sand et Chopin ont note- ;mssi des vieux airs de la Vallée Noire : * Ces chants ne 
sont pas perdus, m'écrivait en 1807 M"" Lina Sand ; mais ils n'ont pas d'accompagnement ». Ils 
sont aujourd'hui la propriété de M"" Aurore Lauth-Sand Laisnel de la Salle en a recueilli tout un 
chapelet; Ribault de Laugardière s'est spécialisé dans les Nolls et Pierre de la Loje dans 1< s 
malicieuses chansons d'Issoudun, Jean Baftier et France Briffaull connaissent e( chantent de 
vieilles ballades berrichonnes qui sont autant de petits chefs-d'œuvre. Tous ont respecté la musi- 
que et les paroles ; ils savaient qu'en y changeant l.i inoindre chose, ils enlevaient toute saveui 
a la chanson populaire. Je dois beaucoup a l'obligeance de MM. Jean Baftier le maître-SCulpteur 
de la Croix-Renaud, Brothier de Rollière, Ch. Denis de la Châtre, l'abbé Farge d'Alouis, Henri 
Lamarre, L. Montu, Potron, M u * Ponty de Mchun-sur-Ycvrc et le père Bordier de Neuve I -Bai 
rois. Je leur adresse ici tous mes remerciements pour la noble cause qu'ils ont bien Voulu m aider 
a servir. Je me garderai d'oublier dans ce concert de louanges (puisque nous parlons musique!) 
deux jeunes maîtres qui ont mis a ma disposition leur beau talent musical avec autant de sponta- 
néité que de désintéressement : MM. André Cosdès-Mongin et Francisque Darcicux. U 
doublement ingrat et injuste si je passais sous silence la précieuse collaboration du merveilleux 
viellistc Léon Branchet et de M"* de Mourgues. une artiste sincère, qui m excusera si je manque 
a la parole que m arracha sa modestie, de ne point la citer 1 



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in 2010 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/lesvieilleschansOOIapa 









le, briolage 




'Origine du chant populaire est in- 
contestablement « comme toute 
musique du reste, écrit le maitre 
Vincent d'Indy, d'essence reli- 
gieuse quant aux chants vraiment 
anciens. Car si le peuple n'est 
point créateur, il est au contraire un merveilleux 
assimilateur. Les admirables monodies qu'on est 
convenu de désigner sous le nom générique de 
chant grégorien ou plain-chant, le peuple de 
France les connaissait par cœur, et c'était son 
aliment musical. Mais ces mélodies qu'il enten- 
dait à l'église, le peuple en arriva inconsciem- 
ment à les faire siennes, et modifiant les con- 
tours, les lignes, les rythmes surtout, en fit tout 
d'abord l'accompagnement chanté de ses danses, 
véritable art de geste, puis peu à peu la mani- 
festation extérieure de ses plaisirs, de ses joies, 
de ses tristesses (i) ». Voilà pourquoi George 
Sand qui notait avec Chopin d'anciens airs ber- 
richons leur trouvait « la solennité des chants 
d'église ». 

Le chant le plus ancien, qui fut longtemps 
considéré comme sacré chez nous et auquel on 
attribuait de mystérieuses influences, le chant le 
plus caractéristique du Berry, et en même temps 
celui qui semble répondre le mieux a la défini- 
tion que Vincent à Iiuiy nous a donné du chant 
populaire, c'est assurément le briolage, « 
de plain-chant entrecoupé de cadences prolon- 
gées qui tantôt s'interrompent brusquement et 
tantôt se terminent en sautant à l'octave par 
une note perçante et joyeuse (2) ». 

George Sand le décrit ainsi : « Ce chant n'est 
à vrai dire qu'une sorte de récitatif interrompu 
et repris à volonté. Sa forme irrégulière et ses 
intonations fausses selon les règles de l'art musi- 
cal le rendent intraduisible. Mais ce n'en est pas 
moins un beau chant, et tellement approprié à 
la nature du travail qu'il accompagne, à l'allure 
du bœuf, au calme des lieux agrestes, à la sim- 
plicité des hommes qui le disent, qu'aucun génie 



(1) Cf. ViMF.Ni d'Indy: Le chant populaire (Renais 
sance provinciale) juin 1908. 

(2) Cf. Laisnkl de la Salle: Souvenirs du vieux temps 
(Maisonneuve, éditeur). 



étranger au travail de la terre ne l'eût inventé 
et qu'aucun chanteur autre qu'un fin laboureur 
de cette contrée ne saurait le redire (1 ) ». 

Cela est si vrai que M. Julien Tiersot, dont 
la compétence ne saurait être mise en doute et 
auquel le folklore français doit déjà tant pour 
la sauvegarde de nos chants populaires, M. Ju- 
lien Tiersot essaya de noter le briolage, crut 
l'avoir noté, alors qu'il n'avait recueilli qu'un 
chant barbare ne ressemblant en rien à la mélo- 
die tantôt grave et sentimentale, tantôt vibrante 
et triomphale du laboureur berrichon ! 

D'ailleurs, ces recherches faites à travers les 
provinces pour sauvegarder nos vieilles chan- 
sons n'ont malheureusement donné, le plus 
souvent, que de médiocres résultats, pour la 
simple raison que ceux qui les faisaient n'étaient 
pas des gens du pays. Evidemment, c'est une 
louable entreprise que d'essayer de tirer de 
l'oubli nos belles chansons françaises, mais 
encore faut-il que ceux qui s'en occupent soient 
bien qualifiés pour cela, car les difficultés sont 
innombrables. Combien de collectionneurs se 
contentent de l'a peu près, de versions incom- 
plètes, le plus souvent fausses, erronées ou 
étrangères à la région dont ils s'occupent ! 
Nous allons en donner une preuve flagrante. 
Vers 1860, George Sand écrivait : « Le ministre 
de l'Instruction publique va faire publier le 
recueil des chants populaires de la France. I 
une très bonne idée dont la réalisation devenait 
nécessaire ; mais cela arrive bien tard, nous le 
craignons. Pour que la recherche fut tant soit 
peu complète, il faudrait envoyer dans chaque 
province une personne compétente, exclusive- 
ment chargée de ce soin. Les lettrés ou amateurs 
que l'on va consulter apporteront les récoltes du 
hasard. 

« Qui donc aura le temps et la patience de 
reconstruire, parmi cent versions altérées d'une 
chose intéressante, le type primitif ? S'il s'agit 
de recueillir le plu- ci'- poésies inédites qu'il scia 
possible et selon nous, toute l'importance, toute 



(1) Cf. George Sakd: La Mare .;.•< tiaile, pag< 20 



l'utilité de cette publication est là, le travail 
demanderait plusieurs années ou un grand 
nombre d'explorateurs. Les commentateurs ne 
manqueront pas ; mais les véritables découver- 
tes seront fort rares ou fort incomplètes, si l'on 
ne procède consciencieusement et par des 
recherches toutes spéciales (i) ». 

On se mit donc en campagne... par ordre de 
l'Empereur. Ce fut un désastre ! M. Henry Gay 
a dénoncé le résultat lamentable de cette tour- 
née d'explorateurs de la chanson française 
présidée par M. Ampère: « Recueillies le plus 
souvent par des fonctionnaires, étrangers à la 
région où ils exerçaient, bien peu des chansons 
parvenues à la Commission sont dignes d'atten- 
tion. La plupart ont été arrangées pour les 
besoins de la cause. Des prêtres ont envoyé des 
cantiques ; des inspecteurs d'académie ont re- 
cueilli des rapsodies sans intérêt, laissant les 
vraies chansons populaires, parce qu'ils ne les 
comprenaient pas ! On le saisira mieux quand 
nous aurons dit que parmi les innombrables 
chansons envoyées à la Commission et qui for- 
ment deux volumes de manuscrits à la Biblio- 
thèque nationale, figure sous le titre: Les Grands 
Bœufs blancs, la chanson de Pierre Dupont : 
Les Bœufs, restée si célèbre et contemporaine 
du correspondant de la Commission. Pareille 
méprise est faite pour la chanson Eho ! Eho ! 
du poète Fertiault ! Beaucoup s'y sont laissés 
prendre, Champfleury entre autres, qui la donne 
comme chanson populaire de Bourgogne, et 
elle figure dans les manuscrits de la Biblio- 
thèque. A part quelques jolies trouvailles, le 
reste est à l'avenant. On y attribue à notre 
département (l'Indre) des chansons patoises en 
limousin ! D'ailleurs, à part quelques provinces, 
où l'on fit un réel effort, la plupart des corres- 
pondants prirent peu la chose au sérieux. Ce 
fut pour eux une corvée, que celui du Ben}', 
entre autres, traduisit à la fin de ses manuscrits, 
griffonnés à la hâte et presque illisibles, par le 
mot : « Ame ii ! (2) » 

Mais revenons au briolage. Il y a quelques 
années, j'assistais à une brillante réunion dans 



(1) Cf. Geokgk Sand : Promenades autour d'un 

(2) Cf. Revue du Berry et du Centre (avril igoS): Las 
chansons populaires en Berry, par Henrj Gay 

Cetti 1 uns. M. l'abbé 

Jouve, dans une conférence faite au profit dV l'Alliance 
Française, à Châteauroux, donna comme » ballade berri- 
chonne » une version <1<- la chanson bourguignonne de 
Fertiault : 

1.,-^ agneaux vont aux pltrines 
l'.t les lou/>a sont aux 60s..., etc. 



l'atelier de Frédéric Lauth, l'excellent peintre 
de portraits qui épousa Aurore, l'aînée des 
petites-filles de George Sand. Là, j'eus le plaisir 
d'entendre M. ïiersot dévider au piano un 
chapelet de chansons et d'anciennes ballades. 
Me sachant un passionné de ces choses et 
surtout un fervent de la « petite patrie >, il 
joua un air assez original mais qui ne produisit 
sans doute pas sur moi l'effet qu'il en attendait, 
car il me demanda aussitôt : 

— Vous ne connaissez pas cela ? 

Je fouillai dans ma mémoire, dans mon cœur, 
mais rien ne me rappelait ce chant bizarre ; pas 
une fibre n'avait remué dans mon être comme à 
l'évocation d'un souvenir de jeunesse, de cho- 
ses familières au milieu desquelles on a vécu et 
que l'on a beaucoup aimées. 

Alors il ajouta à ma grande stupéfaction : 

— C'est le briolage ! 

Le briolage ? Cela ? Il prétendait rendre sur 
le piano la mélopée de nos laboureurs, aussi 
difficile à saisir que les modulations sorties du 
gosier d'un rossignol ! Cela pouvait passer sans 
doute parmi les habitués d'un salon parisien, 
mais pour moi qui avais été bercé par ce chant, 
qui l'avais entendu si souvent avec émotion et 
piété lorsqu'il montait avec le tireli de l'alouette 
joyeuse dans la lumière des matins de prin- 
temps, moi qui en connaissais par conséquent 
l'ampleur, la beauté, la solennité, la diversité, 
l'insaisissabable... Non ! M. Tiersot, cette fois, 
s'était trompé ! 

Le briolage ne peut se traduire. Ses trilles, 
ses vibrations qui semblent glisser sur le corps 
des bœufs, qui les font frémir et s'allonger dans 
les sillons comme au passage d'une caresse ; 
cette voix qui les excite au travail, les apaise 
et les charme, ce chant unique, échappe à la 
science du notateur. 

Le briolage égayé l'heure monotone des 
vieilles qui filent sur le seuil bleu des chau- 
mières et se répercute jusqu'au lointain des 
brandes où les bergères trompent l'ennui des 
solitudes en mêlant leurs voix aux échos mou- 
rants de cette cantilène qui est l'hymne de la 
terre, la prière des champs, l'âme du pays, le 
Berry tout entier !... 

« On assure, dit Laisnel de la Salle, que le 
grand Renard de Fontenay, mort il y a plus 
d'un demi-siècle, lorsqu'il labourait dans le 
chaumoi de Montlevic et que le temps était 
saige, on l'acoutail brioler du biau mitan de la 
grand' place de La Chaire, c'est-à-dire à une 
distance de plus d'une lieue. Il n'avait pas son 
pareil lorsque, menant le grand labourage, il 
interpellait en chantant et d'une seule halenée 



chacun des dix bœufs qui composaient son 
puissant attelage : 

Ça, Gava, Sarzé, Guivé, 
Fauviau, Charbouniau, Varmé, 

Cerison, Morin, 

Rossigneu, Châtain ! 
Eh ! Eh ! Eh ! mes maignons ! 
Eh ! mes valets, allons ! 

Le refrain de la chanson du Pauvre Labou- 
reur se rapproche assez comme v< langage >\ si 
je puis dire, du briolage qui ne se compose en 
réalité que de paroles confuses inventées la 
plupart du temps par le laboureur lorsqu'il parle 
à ses bœufs : 

Allons, allons, allons, Ch !... 

Allons mes petits compagnons, 

Copé, Sarrazin 

Et l'boyer ça fait cinq ...in 

Allons, allons, allons, ch !... 

Allons, allons, allons, ch L.lon ! 

Allons! (i) 



(i) Dans les Chants populaires lie la Bretagne de M. de- 
là Villemarqué, il existe une version de cette chanson 
que nous donnons plus loin en entier. Celle que M. de 
la Villemarqué a recueillie est en dialecte de Léon et 
porte ce titre : Al labourerien. Elle est plus ancienne que 
la nôtre, niais le barde berrichon ne s'est inspiré en tout 
cas que du 2 m ' et du 3°" verset. Le reste de la chanson 
est complètement différent. 



Ainsi que toutes les antiques et saines cou- 
tumes, le briolage se perd. On se le transmet 
encore dans quelques familles patriarcales, mal- 
les jeunes générations le délaissent pour le 
stupide refrain de café-concert ; on ne l'entend 
presque plus dans les champs. 

Cependant, pour la Saint -Biaise, fête des 
agriculteurs de la Vallée Xoire, il semble renaître 
de ses cendres ! Ce jour-là, les trois statues de 
saint Biaise, de saint Antoine et de saint Vin- 
cent, patrons des laboureurs, des éleveurs et 
des vignerons, sont portées processionnellement 
dans nos campagnes. Des paysans les précèdent 
avec le bâton enrubanné de leurs corporations, 
le drapeau des conscrits et les bannières parois- 
siales. Une foule considérable de laboureurs et 
de vignerons les escortent, marchant recueillis 
comme les paysans d'Athènes aux fêtes de 
l'Attique. 

Le soir, le briolage prend son essor sous les 
solives enfumées des auberges et ses mâles 
accents vibrent encore assez tard dans la nuit, 
berçant la petite ville de La Châtre, fidèle 
gardienne des dernières traditions, endormie 
sous le clair de lune qui découpe sur le champ 
des étoiles, les pignons pointus de ses vieilles 
maisons de bois. 



II 



Les "Ronds" et les " Dardelantes " 




adis, entre l'Epiphanie et le 
mardi gras, on dansait et on 
chantait des « ronds » en Berry. 
Voici le tableau que nous en 
a laissé M. Rollinat (i) : « On 
1 se donnait la main ; les cava- 
liers, autant que possible, alter- 
naient avec les jeunes filles, les mères de famille 
et parfois les grand'mères qui n étaient pas les 
moins ardentes. Un chanteur lançait les cou- 
plets répétés en chœur par les gens de la ronde... 
et celle-ci tournait, s'élargissait, se rétrécissait ; 
en cadence, les pieds frappaient le sol, les bras 
se balançaient et la voix ùu chanteur montait 
dans la nuit... (?) » 

Des rivalités s'élevaient parfois dans le même 
village entre les « ronds » d'une place et ceux 
d'un carrefour voisin. C'était auquel éclipserait 
l'autre par la beauté de ses chants, l'enragerie 
de ses « sabotées ». De semblables rivalités exis- 
taient à l'époque chez ces fameux maîtres-son- 
neurs dont George Sand nous a décrit les mœurs 
en des pages inoubliables. Ils étaient si jaloux de 
leur « jeu » que l'orgueil du vainqueur et le dé- 
pit du vaincu dans les tournois de village 
engendraient parfois des haines et des luttes 
entre partisans de tel ou tel « maître en sonne- 
rie ». Mais aujourd'hui on ne se passionne plus 
pour ces choses qui, cependant, donnaient du 
relief à une province, dissipaient l'ennui et rete- 
naient la jeunesse à des passe-temps plus salu- 
taires et plus divertissants que le cabaret ou les 
parlotes politiques... Hélas ! le temps impitoyable 
effrite les monuments qui semblaient devoir être 
les plus durables et, en passant, efface les chan- 
sons qui ne sont écrites que sur le sable. Chan- 
teurs et rondes s'en vont rejoindre les vieilles 
lunes, comme bientôt — si nous n'y veillons — 



(i) M. Raymond Rollinat d'Argenton, est le cousin du 
poèt< s 'lis Névroses Maurice Rollinat. C'est un savant c|ni 
s'occupe surtout d'ornithologie et de on ck-s 

sauriens et des mammifères chiroptères que l'on rencon- 
tre dans le centre de la France. 

(2) Cf. Préface au recueil de .1 BaRBOTIN â' • 
Berry cl Chanso ' ■ 



cette « gaieté française » qui fît le tour du monde 
avec nos autres gloires. 

Cependant, nous constatons avec joie une 
réaction très sensible contre ce malaise que nous 
valurent une centralisation outrancière et l'in- 
trusion lente, mais habile et tenace, parmi nous, 
d'éléments étrangers à notre race. Nous assistons 
depuis plusieurs années à une véritable renais- 
sance des provinces. Le génie propre de chaque 
région se réveille, et nous voyons archéologues, 
géologues, romanciers, poètes, bardes, surgir de 
tous côtés pour défendre et célébrer les charmes 
et la beauté du sol natal. C'est pourquoi nos 
airs populaires ont trouvé tant de « collection- 
neurs ». 

Il est parfois téméraire, disions-nous dans le 
chapitre précédent de s'attaquer à certains de ces 
chefs-d'œuvre enfantés par le peuple. Nous pen- 
sons, en effet, qu'il serait préférable de n'en 
donner que ce qui a pu être conservé dans la 
mémoire des hommes. Trop souvent certains 
amateurs les déforment, les augmentent ou les 
démarquent, s imaginant que leurs élucubrations 
plairont mieux que le thème initial qu'ils trai- 
tent dédaigneusement de « vieille rengaine ». 

Qu'un chef de musique civil ou militaire, de 
Carpentras, de Carcassonne ou d'ailleurs, se trou- 
ve jeté par les caprices de la vie tic garnison ou 
les hasards de la vie ordinaire dans une de nos 
sous-préfectures du Centre, il se mettra aussitôt 
en quête des airs anciens qui rôdent dans la 
campagne et les faubourgs de la ville ; puis, un 
dimanche, sous les tilleuls du mail, les bons 
bourgeois seront abreuvés d'une musique bar- 
bare, sorte de « pot-pourri » dans lequel ils 
reconnaîtront, déformés, dépaysés, au milieu des 
fioritures du trombone à coulisse, du piston et 
de la clarinette, les vieux airs qui ont bercé 
leur en tance !... 

Qu'un instituteur, également d'importation 
méridionale ou... septentrionale, débarque dans 
un village du Berry par exemple, et que, piqué 
par la tarentule de l'écrivain, il entende en se 
promenant une pastoure chanter dans son naïf 
langage la chanson du Printemps ou des rrois 



fendeux , aussitôt il adaptera à ces airs rusti- 
ques ses rimailleries de primaire qui n'auront 
même pas pour excuse... la couleur locale ! 

Outre ces déformations que l'inconscience et 
le pédantisme infligent parfois à nos chansons 
populaires, il y a aussi celles que leur font subir 
les illettrés. A force d'être transmises de mé- 
moire en mémoire, de voler de bouche en bouche, 
de passer du village au bourg et du bourg au 
hameau, certaines chansons se sont corrompues 
au point qu'elles ne ressemblent plus à rien. Elles 
sont ou dénuées de sens ou arrangées selon les 
goûts du moment et les idées de la localité qui 
les possède ; ou bien encore, on les retrouve 
allongées démesurément, chacun ayant voulu 
ajouter son petit couplet. « Il semble, disait 
Gabriel Vicaire, que l'on ait affaire à une ma- 
tière malléable, presque fluide, capable de s'al- 
longer et de se restreindre à volonté ». 

Comme on le voit, le travail du commentateur 
se trouve singulièrement compliqué par toutes 
ces difficultés qui hérissent le chemin de ses 
recherches. Il lui faudra donc beaucoup de tact, 
une connaissance profonde du pays où il fera sa 
cueillette et un sens artistique suffisamment dé- 
veloppé ; sans quoi, il risquera de faire à chaque 
instant — c'est le cas de le dire — des « manques 
de touche ». 

Les vieilles ruines ne gagnent pas toujours à 
être restaurées, car cette restauration manque 
souvent d'exactitude malgré les documents dont 
s'entourent les architectes compétents. Ceci re- 
vient à dire que les ruines ont leur charme, 
telles que le temps nous les a laissées et qu'il 
n'y faut toucher qu'avec les plus grands ména- 
gements. 

M. Barbotin, qui a recueilli les « ronds argen- 
tonnais », l'a si bien compris qu'il s'excuse très 
franchement d'avoir suppléé par son imagina- 
tion aux lacunes du texte populaire (i i. 

Le type de ces « ronds » est donné très exac- 
tement dans la première pièce: Oh! là haut sur 
ces côtes. 

Le chanteur dominant la ronde, commençait 
ainsi : 

Oh ! là haut sur ces cotes, 
La Bell' s'endoi mit. 

Le chœur reprenait en tournant : 

Oh ! là-haut sur ces côtes, 
La Bell' s'endormit. 

Le chanteur continuait : 

Par le chemin il j 
•i son ami. 



Les gens qui sont jeunes, 
Pourquoi dorment-i ? 

Puis le chœur : 

Les gens qui sont jeunes, 
Pourquoi dorment-i. 

Et la chanson déroulait ainsi ses trente ou 
quarante couplets, le chanteur alternant avec le 
chœur composé de toute la ronde qui reprenait, 
en tournant, les dernières paroles en guise de 
refrain (i). 

Dans d'autres parties du Berry, à Bourges, à 
Déols, on dansait les « ronds » surtout pendant 
loi Rogations ou fête des Brandons. A la tombée 
de la nuit, sur les places publiques, des sortes 
de courses aux flambeaux s'organisaient, rap- 
pelant les Lupercales romaines. On enduisait de 
résine des tiges d'aubulons blancs ou brandons; 
on les allumait, et les porteurs de torches for- 
maient une immense chaîne qui se déroulait 
dans les rues de la ville, gagnait les champs, 
escaladait les collines, courait vallons et plaines, 
à travers vignobles et vergers, procession endia- 
blée de feux follets portant la flamme purifica- 
trice au sein des récoltes. 

Le chœur chantait : 

Brandounons la nielle 

El la nielle et l'échardon. 

Brandounons fumelles, 

Brandounons la nielle. 

Tandis que le chanteur improvisait son cou- 
plet : 

La bounn' mè su les tisons 

A li icassé les beugnons 

Que les beugnons sont si bons... etc. 

Puis on jetait en un monceau tous les bran- 
dons enflammés et, autour de ces feux de joie 
que la Bretagne appelle des « feux de Saint- 
Jean », la ronde reprenait, plus échevelée : 

Saillez delà (sortez de la), ^aillez mulots 
Ou j'allons vous brûler les crocs... etc. 

Pour le mardi gras, « dernière manifestation, 
dit M. Henry Gay, de la Mastruca celtique, alté- 
rée dans les bacchanales antiques et, plus tard, 
par la fête des fous qui se célébra jusqu'au règne 
de Philippe-Auguste pour ne disparaître totale- 
ment qu'au seizième siècle », on dansait des 
« ronds masqués » en chantant : 

Mardi l il .1-, 
T'en va pas 
J'frons des ■ 
JTrons des crêpes. 



(i) Cf. J. Barbotin, R.m./a du Berrj et chansons de btr- 



(i) mmenl de cette ancienne coutume 

. enue l'expression « mener la ronde >, comme on 

disait aussi « mener le branle >. 



6 — 



Mardi-Gras 
T'en va pas 
J'f rons des crêpes 
Et t'en auras... etc. 

Les tragédies d'Eschyle furent, on le sait, ins- 
pirées par les chœurs des Bacchantes et les 
danses populaires aux fêtes de Dionysos ; nos 
« ronds » berriauds ne seraient-ils pas le proto- 
type du dithyrambe d'où sortit le théâtre an- 
tique ? 

* * 

C'est incontestablement du briolage dont les 
vibrations agrémentent la voix pleine et sonore 
du laboureur que naquirent les « dardelantes » ( i ). 
Toutefois, il ne faut pas confondre ces trémolos 
avec une sorte de tyrolienne que les bergers se 
permettent quelquefois au refrain de certaines 
chansons en se mettant le pouce sur la pomme 
d'Adam (le luteriau). Le pouce, en comprimant 
le larynx, fait trembler la voix qui porte alors 
très loin (2). 

Quand j'étais chez mon père, 
Mon père, lurelo ! 
Il m'envoyait à l'herbe 
Pour garder ses troupeaux. 

J'aime la bruyère sur la montagne 
Tagne, tagne, tagne, 
Tagne, tagne, tagne 
Tra la la la la la la 
La youp, la youp, tra la la la la... etc.. 

La plupart des « dardelantes » sont des chan- 
sons de conscrits. 

L'une des meilleures que nous connaissions 
commence ainsi : 

C'était trois jeun's garçons 
S'en allant à la guerre, 
S'en allant à la guerre, 
Tous trois ben chagrinés 
Ue laisser ieux maîtresses 
Qu'ai' tint en train d'crier. 

Le plus jeune des trois 
Y r'grettait ben la sienne, 



(1) Ce mot expressif vient du patois dardeler, qui signi- 
fie trembler et de dard, langue. Nos paysans connaissent 
deux sortes de chansons : les dardelantes et les poiluses. 
Ce dernier mot indique suffisamment leur caractère plus 
que rustique ! 

(2) Cf. Henry Gay : Les Chansons populaires en Berry. 
(Rez'iie du Berry, mai 1908). 



Y r'grettait ben la sienne, 
Il avait ben raison. 
C'était la plus genl fille 
Qu'était dans le canton..., etc. 

C'est cette chanson qu'André Theuriet a 
mise sur les lèvres de la jeune pastoure qui des- 
cendait du coteau d'Etableaux (ij. Le bon maî- 
tre prétendait qu'elle était lyonnaise. Alors, 
pourquoi la faire chanter sur un mode touran- 
geau ? En tout cas, on la connaît en Berry depuis 
près d'un siècle !... 

Pour donner plus d'ampleur à mon sujet, 
j'aurais dû mettre en regard des strophes citées 
la phrase musicale qui s'y rapporte, car, en 
l'espèce, c'est plutôt l'air qui fait la chanson. 
Est-ce à dire que la musique saurait se passer 
des paroles ? 

Non. Malgré les entorses données aux règles 
de prosodie et d'harmonie, l'on ne saurait isoler 
les paroles de la musique et vice-versa. Cela 
forme une œuvre adéquate, originale, géniale 
parfois, où la simplicité de l'air s'accorde avec la 
naïveté de la chanson. 

Quel effet nous produisent ces mots : 



Adieu donc, ma Manon ) 

Ah ! Je m'en va-t'en guerre, ! 



bii 



En ceux pavs ben loin, pour y servir le roi, 
Ah ! ma Manon qu'j'ai du regret. 

Je pourrais aller jusqu'au bout de ce récitatif 
sans éveiller en vous la moindre émotion, tant 
ces paroles manquent de rime... sinon de rai- 
son !... Mais qu'un Berrichon vous chante, en 
dardelant comme il convient : 

Adieu donc, ma Manon... 

Quelle surprise ! quel charme ! quelle douceur 
se dégageront aussitôt de la vieille ballade ! 



(1) Cf. André Theuriet : L'Abbé Daniel. 
Voici cette version : 

Ce ■•ont trois jeun's garçons 
Oui s'en vont à la guerre 
A leur L-orps défendant 
Regrettant leur maltresse 
Que leur cœur aime tant. 

Le plus jeune des trois 
Regrette bien la sienne 
Ah ! qu'il a bien raison 
C'est la pins belle fille 
Qu'il v ait dedans Lyon ! 



III. 



Les Chansons de Bergères 




'Humanité a chanté ses premières 
émotions et ses premiers rêves 
sans se douter de la beauté secrète 
contenue dans les plus humbles 
de ses paroles. Beaucoup de nos 
vieilles chansons, dues au génie 
populaire, concentrent dans leur sobriété ce que 
l'art grec conserve de puissance expressive. Et 
pourtant, nos bergers ne sont pas des pâtres 
d'Eglogues comme ceux que Théocrite enten- 
dait chanter aux portes de Syracuse. Ce ne sont 
pas non plus des faiseurs d'idylles d'après les 
théories de Boileau et de certains délicats, cri- 
tiques de cabinets, philosophes de salons qui ne 
goûtent la campagne qu'à travers la Pléiade et 
VAstrée, les bergeries sentimentales du XVIII e siè- 
cle ou les scènes pastorales de Gessner et Florian ; 
qui veulent en un mot des bergers ayant fait 
leur toilette, s'exprimant élégamment, que l'on 
puisse suivre aux champs sans crainte de se 
trouver en basse compagnie ! Les chants de ces 
bergers qui ne sont pas des bergers, ne peuvent 
émaner « qu'un parfum écœurant de fausse rus- 
ticité (0 ». 

Nos bardes rustiques sont pauvres, mal vêtus 
et n'ont aucun lien de parenté avec les Daphnis 
et les Corydon. Ils parlent comme on parle au 
village ; ils s'appellent Jeanniot, Colin, au lieu 
de Lycidas; Margot, Isabelle, au lieu de Philis. 
Ils vivent à l'ombre des bois, dans le soleil, sous 
les averses, en plein champ, les pieds dans le 
terreau... Ah ! ce ne sont pas les pastoureaux 
pomponnés de Boucher ou de Fragonard ! Leur 
langage n'a rien de' convenu, d'apprêté, de 
savant dans la symétrie ; on n'y trouve aucune 
formule. Ils ignorent les règles de la prosodie ; 
leurs vers sont boiteux ; la rime est pauvre, 
souvent remplacée par une simple assonnance, 
et des liaisons singulières viennent parfois adou- 
cir i'hiatus... ; mais toutes ces imperfections 
s'arrangent fort bien avec le rythme, la cadence 
qui leur est venue naturellement, en même temps 
que le chant. 



Ces élégies plaintives, ces idylles d'une sim- 
plicité évangélique ont la grâce, la naïveté des 
alternances et des variations de la musique 
primitive : 

Faut- il et' si prés d'un rosier 
Sans y pouvoir cueillir la rose. 
Cueillez, cueillez, cher émant, cueillez, 
Car c'est pour vous qu'la rose éclose... 

Faut-il et' si prés d'un ruisseau, 

Endurer la soif que j'endure ! 

Beuvez, beuvez, cher èmant, beuvez, 

Car c'est pour vous que l'ruisseau coule... (t) 

Ils chantent, ils improvisent sans effort ; il 
semble que leur rôle soit de chanter comme 
c'est celui de la source, de couler ! 

Ceux qui composaient jadis de si jolies chan- 
sons n'avaient pas cette « demi-vérité » que 
Sainte-Beuve attribue si finement aux bergers 
de Théocrite. Ils étaient « nature » ! Leur réa- 
lisme épanoui dans le charme des solitudes, se 
traduisait selon leurs impressions de gaieté ou 
de mélancolie, mais avec une vérité entière qui 
n'a pas pour l'adoucir, les enchantements de la 
poésie : 

J'entends, j'entends la bergère qui chante 
A la voix du galant Renaud. 
Je me suis approché d'elle, 
Comme un amant fid( le, 
J'ai voulu l'cmbrassci , 
Elle m'a bien refusé. 

— J'ai six cents francs dans ma valise, 
Belle, si tu veux, ils seront pour toi. 

— Si vous n'avez que six cents francs 

Gardez-les donc pour vivre, 

Je connais ii vos yeux 

Que vous êtes un amoureux. 

— Voyez, voyez, ma joli 

Vos moutons qui s'en vont au blé, 

— Allez dont les virer, 

aoutons a ma : 
1 ... sque vous i e> iendi ez 
Vous serez mon bien-aimé. 

La bergère était fille fine, 

Du cheval s'en est approché, 
A mis le pied sin l'en iei 

El la main à la bride, 
A joui de l'éperon 

Comme un vaillant dragon. 



(0 Paul Albert : Li Prose, étude sur les chefs-d'<cn\ rc 
des prosateurs. 



( i ) Voir aux chanson 



— Arrête, arrête, ma jolie bergère, 
Cet honneur-là ne vous appartient pas ! 

Vous emmenez mon cheval, 

Mon manteau, ma valise, 
Mon or et mon argent 

Qui est enfermé dedans. (i) 

Chez eux, le génie ne prolonge pas, n'achève 
pas la nature. Ils n'altèrent rien. Ils sont comme 
un écho fidèle des sensations qu'ils éprouvent 
devant la nature. 

J'ai quitté mon village 

Avec mes deux sabiots 

Et je m'seus mi< en gage 

Pour garder les bestiaux. 

La zigue, 

La zigue, 

La youf ! 

De la piau de ma bête, 
Ça s'ra pour ma grand'-mère ; 
Ça s'ra pour ma grand'-mère, 
Pour y faire un mantiau. 

La zigue, etc. 

De la queue de ma bique 
J'en frai n'un chalumiau 
Pour fé danser ceux filles 
A ceux printemps nouviaux. 
La zigue, etc. 

Des quat' patt's de ma bête, 
Je m'en frai n'un chapiau 
Que j'mettrai su ma tête 
Pour fé peur aux moiniaux. 

La zigue, etc. 

Comme on le voit, ils n'ont pas subi d'in- 
fluences littéraires, ceux-là ! Leur école fut aux 
champs et la plupart ne savaient ni lire ni 
écrire. Ils ont composé leurs bucoliques en 
traçant les sillons ou en gardant les troupeaux. 
Et d'âge en âge, de chaumière en chaumière, les 
paysans se les sont transmises. Virgile oubliait 
les lassitudes et les orages de la vie civilisée en 
écrivant ses Géorgiques ; eux, composaient des 
chansons pour égayer leurs solitudes ou pour se 
consoler d'un mal secret, sachant que le meilleur 
remède à l'amour, c'est de chanter son mal : 

Cantet amat quod quisque levant et carmina curas. 

Nos bergers n'ont pas pour s'inspirer les dé- 
cors merveilleux de la Sicile ou les fraîches 
.vallées de la Thessalie ; le cadre que leur offre 
la province berriaude est plus restreint: Ici, c'est 
la plaine dénudée, la brande sauvage, un canal 
avec ses lignes droites et ses courbes où se 



(i) Le Berger Renaud est une des plus belles chansons 
berrichonnes que je connaisse. Je l'ai entendue chanter 
une seule fois, le jour du Centenaire de George Sand. 
M. m cl Prévost >t André Theuriet qui se trouvaient là 
furent enthousiasmés. Malheureusement je n'ai pu noter 
l'air pour le donner dans ce recueil, 



succèdent les petits bateaux lents des mariniers; 
là, c'est un étang, un marécage avec ses joncs 
et sa pestilence ; plus loin, une vieille tour féo- 
dale se détachant sur la ligne bleue d'une forêt 
de chênes. Cela suffit à leur esprit contemplatif. 
Du reste, leur imagination ne va pas chercher 
plus loin que les limites du clocher ; leur regard 
n'aspire pas à s'étendre par-delà l'horizon cou- 
tumier. A leurs pieds, la « traine » étale son 
tapis de verdure ; derrière eux, dans la « bou- 
chure » fleurie, l'ormeau dresse sa grosse tête 
hirsute et le « croisier » offre ses petites pom- 
mes d'amour. En face, la colline enfle son dos 
hérissé de vignes d'or... Les yeux emplis de ce 
paysage familier, le cœur baigné dans cette 
atmosphère sereine, nos aèdes champêtres écou- 
tent leurs souvenirs et se laissent aller à leur 
inspiration. Un chant s'élève alors dans le silence 
des campagnes, harmonieux comme le murmure 
du vent dans les feuilles, comme le chant du 
rossignol lui-même : 

I. 

Je me suis endormi, 

Leri, 
A l'ombre sous un pin, 

Lerin. 
Au bois rossignolet, 
Au bois rossignolet. 

II. 
Si j'ai pris mon coutiau, 

Lero, 
La branche j'ai coupé 
Au bois rossignolet, etc. 

III. 
C'est pour en faire un fla 

Lera, 

Geollet 

Léré, 

Gentil 

Leri. 
Au bois etc. 

IV. 

Je m'en vais en Butant 

Leran, 
Le long de mon chemin 

Lerin, 
Au bois etc. 

V. 

Ah ! devine, fit-il, 

Leri, 
Ce que dit mon Hutiau, 

Lero, 
Au bois etc. 

VI. 

Il dit qu'il faut aimer 

Léré, 
La fille à ton voisin, 

Lerin, 

Au bois etc. 



vu. 

Et qu'il faut l'aller voir 

Leroir, 
Le soir et le matin 

Lerin, 
Au bois etc. (i) 

Autrefois, quand la nuit descendait sur les 
campagnes, la nuit déjà frileuse d'automne, tous 
les gens des chaumières éparses au milieu des 
terres se rendaient, munis d'une lanterne et d'un 
bâton, chez le plus ancien du voisinage où l'on 
faisait « charibaude » : c'est ainsi qu'on dési- 
gnait la veillée en plein air autour des grands 
feux. Les « drolières » filaient leurs quenouilles 
et les laboureurs tressaient des corbeilles ou 
« chapusaient * des manches « d'éplettes », tan- 
dis que les vieillards, qui aimaient finement 
parler, contaient des histoires que tous écoutaient 
religieusement pour les redire plus tard aux 
autres générations. Cette veillée familiale avait 
lieu dans un carrefour, au milieu d'un vieux 
chemin empierré, ancienne voie romaine, à l'orée 
d'un bois. Les jolies légendes, les douces chan- 
sons qu'ils apprenaient là, ces jeunes gars dont 
les cheveux blonds et les robustes épaules rap- 
pelaient la force et la beauté des races celti- 
tiques ! 

C'était la Cil' d'un prince, 
Tra la la la la la la 

la la la 1ère 
Tra la la la la la la ! 
C'était la fill' d'un prince 
Grand matin s'est levée (bis). (2) 

C'est en tricotant ou en ravaudant des « chaus- 
ses », tout en surveillant son troupeau, que 
l'Annette, la Marie-Jeanne ou la Claudie chan- 
tent ce qu'elles ont entendu à la charibaude. 

Comment voulez-vous, 

Comment voulez-vous 

Que l'on file ! 

On ne peut pas toujours filer ! 



(1) Cette exquise chanson est relatée dans la Revue du 
Btrry et du Centre. Je l'entendis chanter un jour par un 
commensal de Xohant, du vivant de M'"" Lina Sand 
Edmond Plauchut, qui se trouvait là. m'affirma qu'elle 
était bien du Bas-Berry. 

(2) Voii plus loin aux chansons. 

Je ne donnerai pas cette « chanson de matelot ». 
La /'sue d'un Prince, cette vieille ballade qui semble 
remonter au temps des cours d'amour comme étant d'ori- 
gine purement berrichonne, bien qu'elle se chanti 
nous depuis de nombreuses années. M Maurice Duhamel 
a donné dans les 9* et lo" fascicules des C/i.in 
France, éditées chea Rouan, seize versions de « l'Embar- 
quement de la bile aux chansons >. Plusieurs vers sont 
communs avec la version que nous présentons, mais l'air 
est très différent. Notre thème se rapprochi 
celui des Alpes, du Vivarais et du Nivernais. 



Et la pensée de la bergère s'envole tout droit 
vers son berger : 

N'y a rien d'aussi charmant 

Que la bergère aux champs... etc. (1) 

Parfois, les bergers se répondent comme les 
coqs, de hallier en hallier, mais le plus souvent, 
rêveurs et solitaires, ils chantent pour eux seuls, 
tout entiers à leurs sentiments intérieurs ou à la 
félicité des champs : 

Et voici le printemps, que la saison est belle... etc. (2) 



t 1 Voir aux chansons. Je connais trois versions ber- 
richonnes de cette chanson : l'une de M. Augras, de 
Châteauroux : l'autre d'un anonyme et la troisième de 
M. Huret, de Bourges, qui l'a arrangée pour la musique 
des sapeurs-pompiers ! 

Cette chanson, que nous retrouvons dans la Mare au 
Diable de G. Sand et les Noces de campagne en Berry par 
Ribault de Laugardière, fut publiée chez Pion et Nourrit, 
sous la direction de Catulle Mendès, dans un recueil 
intitulé : Les plus jolies chansons de France. Elle fut classée 
comme chanson angevine (?). La recherche de la pater- 
nité des anciennes chansons nous semble une chose fort 
épineuse Plusieurs ont une origine commune. Chaque 
province a -es colporteurs, ses commis-voyageurs de la 
chanson. Chacun garde celles qui lui plaisent et les 
adapte a son génie propre, à son patois, à son tempéra- 
ment. Nous sommes d'ailleurs assez riches en vieilles 
chansons berriaudes sans nous débattre pour quelques- 
unes qui auront fait envie à d'autres provinces ! 

Les commentateurs sont nombreux comme nous 
l'avons déjà dit au omi s de cette étude, mais nous crai- 
gnons qu'ils manquent de patience pour reconstruire et 
démêler parmi cinquante versions plus ou moins altérée-, 
en passant d'un village à un autre, quels sont et le texte 
primitif et la provenance exacte, — car ce que l'on nous 
donne pour du «berrichon* vient souvent de Touraine, 
de Bourgogne ou de Bretagne !... « J'ai retrouvé, dit 
(i Sand, dans la mémoire des chanteurs rustiques, plu- 
sieurs romances et ballades exactement traduites en vers 
naïfs et bien berrichons, des texte- bretons publies pal 
M. de la Ville-marqué ». 

Revendiquerons non- la propriété de ces créations et 

dirons-nous quelles ont été traduites du berrichon dans 

1.1 langue bretonne- Non ! Elles portent clairement leur 

brevet d'origine en tète. En revenant de Nantes... et ail- 

Ma famille d 

En s,, mine, il ne tant pas se plaindre de cette rivalité 
de- provinces sur la priorité des vieil! ; Cela 

prouve combien elles son! précieuses, «C'est a Lyon que 

la chanson est née», dit M Georges DrOIH dan- la 

• . .-. 1 u\ - , 1 ditem Lyon . - < 'esl < n lirc- 
. .lu M eh 1.1 Villemarqué ; < C'est en B 

gne ! > s'écrie Pertiault. Auquel entendre ! Moi je dis : 

chansons le- plus Iran- 

rge de toute invasion! » 

is-nous donc d'accord, et disons que la chanson 

e-t tille de France ! 

1 2 ) Cette chanson qui a pour refrain : 

Le bon vin m'endort, mais Vamout me réveille. 
nous a parue un peu leste pour que nous la donnions 
dans ce recueil maigre son incontestable beauté, Cante- 
loube de Malarel en a donne une version auvergnate 
dans la revue «les * Chansons de France > sous ce titre : 
.- fa> /'.m-. On la trouve également consignée 



Il semble bien que l'amour soit le principal 
sentiment dont l'âme du berger soit agitée. 
Quelquefois, cependant, il nous donne le résultat 
de ses contemplations devant les beautés de la 
nature en y mêlant les menus incidents dont 
son existence est faite ; mais le plus souvent il 
n'est question que de rendez-vous et de serments 
amoureux : 

Là-haut, sur la montagne, 
Il y a trois jolies filles. 

Y en a une 
Qu'était la plus jolie, 

C'est le tendeur 
Qui va lui parler d'amour. 

Où iras-tu bergère, 
Demain z'au soir aux champs, 

Ah ! oui, j'irai 
Là-haut, sur ces montagnes, 

Dans ces vallons, 
Conduire mes blancs moutons, (i) 

Voici encore la chanson de la Sage Isabeau, 
chanson à deux voix, que le marquis de la Brande 
publia jadis dans le Réveil de la Gaule : 

Yénard. — Je viens l'y voir belle Isabeau, 

Je viens t'y voir en ce printemps nouviau. 
Je viens t'y voir ici dans ces lieux, 
L'éclair de tes beaux yeux 
M'a rendu amoureux. 
Belle bergère, viens t'en ! 

Isabelle. — Monsieur, finissez vos cancans, 

Monsieur, vous perdez votre temps. 

Je suis bergère, 

Je suis grossière. 
Je suis bergère en vérité, 
Sans esprit, sans beauté, 

Sans avoir mérité 

Monsieur, vos qualités. 

Yénard. — Bergère, si tu voulais m'aimer, 
Tu les aurais, mes amitiés. 

Plutôt que d'être 

Sur ces champs, paître, 
Plutôt que d'être exposée au vent, 

A la rigueur du temps, 

Mon carrosse t'attend, 
Belle bergère, viens t'en ! 

Isabelle. — De vos carrosses et de vos chevaux, 
Monsieur, vous n'avez rien de beau, 

Rien ne me tente, 

Je suis contente 
De mes amours. En guidant mon troupeau, 
En tournant mon fuseau, 
En chantant des airs nouveaux. 



YÉNARD. 



Adieu donc, la belle sans pitié, 
Puisque tu ne veux point m'aimer. 



dans un livre de François Fertiault avec ce titre : Branle 
Bourguignon. La «Romania» la retrouve dans le Haut- 
Forez, le comte Jaubert dans le Centre. Elle est dans le 
Rival (Puymaigre), dans l'Amant consoli (Beadé) et dans 
le Fils du Cordonnier (Bujeaud). 

(i) La chanson de Tranziaux. 



Adieu méchante, 
Mal obligeante. 

Isabelle. — Adieu, smondeur, trompeur. 
Cajoleur, sans honneur, 
Qui voudrait sur mon cœur, 
Jouir de mes faveurs. 

A force d'entendre chanter l'amour à la sai- 
son où l'aubépine est en fleurs, quoi d'étonnant 
si les petits oiseaux nous régalent aussi de leurs 
concerts amoureux ? C'est du moins ce qui est 
arrivé dans les environs d'Issoudun aux P'tits 
oiseaux de Toutifaut. 

Il était un p'tit jaunet 
Qui voulait s'y marier, 
Qui n'avait pas dequoué. 

Et moun alouette, 

Ma torlorizète, 
Sont les p'tits oiseaux 
De Toutifaut. 

Dieu merci, passe un grand chien, 
Sur ses reins il porte un pain 
Et moun alouette, etc. 

Dieu merci, j'avons du pain, 
Du fricot, j'en avons pas. 
Par ici pass' le corbeau, 
Sur ses reins porte un gigot. 

Et moun alouette, etc. 
Dieu merci, j'ons du gigot, 
Mais du vin j'en avons pas. 
Par ici pass' la souris, 
Sur ses reins porte un baril. 

Et moun alouette, etc. 
Dieu merci, j'ons ben du vin, 
D'cormeluzeux j'avons pas. 
Par ici passe un grous rat, 
Sa cormelus' sous son bras. 

Et moun alouette, etc. 
Dieu merci, via l'cormuseux, 
Les danseux v'nont toujou pas, 
Par ici pass' la guernouille 
En souliers et en pantoufes 

Et moun alouette, etc. (i) 

La cadence légère, le rythme sautillant de 
bourrée se change parfois en complainte avec 
les lamentations de la bergère attendant son 
promis parti au régiment. Elle avait le temps 
de soupirer, car le service militaire en ce temps- 
là était de sept années ! 

Y aura bentôt six ans, au printemps, 
Que j'ai pas vu mon galant. 
Il s'est engage au service du roi, 
Ne pensant plus à moi. 
Et mon plus grand desespoir, 
C'est de ne pas savoir 
Quand j'pourrai le revoir. (2) 

Elle reprend pourtant courage et se console 
en regardant les fleurs et en écoutant les oiseaux. 



(1) Cette chanson .1 parue dans le Réveil dt U Garnit 
avec quelques variantes, sous la signature de P.de la Loje. 

(2) Voir aux chan 



C'est mon barger, 

Ah ! qu'il est donc volage ! 

Mais le printemps va me le ramener, 

J'aime à entendre son doux langage. 

C'est avec ça qu'il a su me charmer. 

J'irai dans mon jardin 
Cueillir du romarin. 
Le soir et le matin, 
Et puis j'entendrai 
Le rossignol chanter 
Et je me consolerai. 

Mais il arrive parfois qu'avant ce temps un 
noble seigneur des environs, propriétaire de la 
métairie où elle est en condition, fatigué de la 
chasse, vient lui conter fleurette : 

En chassant dedans ce bois, 

Charmante bergère, 
Je viens m'asseoir auprès de toi. 

Dessus la fougère. 
Laisse paître ton troupeau 
Sur la tendre herbette. 



Je voudrais te dire un mot, 
Un mot d'amourette..... 

Elle se laisse éblouir par ses promesses, se 
laisse tenter par l'anneau d'or ou les écus qu'il 
lui offre et la pauvre fille ne rêve plus que 
« titres de noblesse » ; elle se voit déjà comtesse 

ou marquise et laissant là sa « quenouillette », 

elle monte en croupe derrière le « beau cava- 
lier » ! Cela nous gâte un peu notre bergère, 
mais les- rois autrefois n'épousaient-ils pas les 
bergères ? 

« Et c'est un délice, écrit notre maître sculp- 
teur Jean Baflîer, que de retrouver cet accent 
du terroir de France, cet art sain, fleurant bon 
le thym, la marjolaine et qui fait penser aux 
superbes frondaisons des grands bois, à l'alouette 
qui s'élève dans le plein air des champs, au 
noble labeur, aux glorieuses semailles, aux belles 
moissons, aux magnifiques pressées, aux amours 
robustes et saines ». 




IV 



Les Chansons de Conscrits 




ous le Premier Empire, les « chan- 
sons guerrières » eurent un regain 
de popularité. Les vieux débris 
d'Austerlitz et de Wagram en rap- 
portèrent un stock dans leurs 
fovers. Elles avaient comme signa- 
ture, la glorieuse auréole des champs de bataille. 

Au cours du règne de Charles X, on chantait 
encore ces chansons; seulement, on substituait 
le mot « roi » au mot « empereur » et l'on 
prenait Alger comme on avait pris Saragosse, 
sans changer de refrain ! 

Il est beaucoup plus aisé de reconstituer 
l'origine des chansons du Second Empire. Celles 
qui nous sont restées portent bien l'empreinte 
locale. 

Le corps d'élite des grenadiers de la Garde 
Impériale de Napoléon I er , rétabli sous Napo- 
léon III, reçut le baptême du feu en Orient et 
se couvrit de gloire en Crimée. Ce sont les 
« bonnets à poils » ces fameux « guernadiers », 
qui menèrent nos chansons au pas de charge, 
sous la mitraille russe à l'Aima, Sébastopol, 
Balaclava, Inkermann et Malakoff! Elles s'en- 
volent ensuite en Italie. On les retrouve sous 
le feu des batteries autrichiennes à Palestro. 
Elles passent la Sesia avec Canrobert et foncent 
avec les baïonnettes françaises sur les troupes 
de Giulay à Magenta et sur celles de François- 
Joseph à Solférino ! 

Elles ont soutenu le moral du soldat, ces 
chansons, lorsqu'il couchait sur la terre glacée 
des bivouacs et n'avait pour toute nourriture 
que le « pain noir d'amounition ! » 

La Chanson des Gars de La Chaire nous 
dévoile dans sa rude naïveté toutes les horreurs 
de la guerre et parmi les éclairs et la fumée des 
combats, comme sur une toile de fond, se déta- 
chent — précieux mirages ! — le clocher du 
village, l'humble maison où les vieux parents 
attendent, où quelque jolie fille ■en coiffe pleure 
une si longue absence, mais espère toujours ! 

La 2 me légion de l'Indre se souvient de la 
vieille chanson démarche qui conduisit ses aines 
à la victoire, et sous les balles prussiennes en 70, 
elle la chantait encore. 



Autrefois, le départ des conscrits était un 
grand événement dans la vie des campagnes. 
La France, presque toujours en guerre, ceux 
qui « partaient pour leur sort » n'étaient pas 
bien sûrs de revoir les « chers parents », la Ro- 
salie, la Françoise ou la Virginie ! Les complain- 
tes abondent sur ce sujet : 

Adieu donc ma Manon, j ,. 

Ah ! je m'en va-t'en guerre 
En ceux pavs, ben loin, pour servir le Roi. 
Ah ! ma Manon, qu'j'ai du regret ! 

Si tu t'en vas galant ) . 

Écris-moi z'une lett'e ) 

Écris-moi la ben vite et promptement 
Mon ch'iit cœur y sera content... etc. 

ou bien encore : 

Virginie, ma Virginie. 
Virginie les larmes aux yeux 
Je viens te fair' mes adieux, 
Nous en vont droit au couchant... etc. 

Mais le tambour bat, le clairon sonne ; le 
conscrit relève le front, se met au pas, et, der- 
rière les plis du drapeau, il s'en va où le Devoir 
l'appelle : 

La bell' si nous partons, 

C'est la Loi qui l'ordonne, 

La bell' si nous partons, 

Servir Napoléon... etc. (1) 

Les uns s'en vont en Chine, les autres partent 
pour l'expédition du Mexique : 

Je viens te faire nus adieux 

Les larmes aux veux, ma Rosalie 

Je vais partir pour l'Amérique. 

Pour moi. c'est un bien triste sort. 

Cela causera ma mort. 

le ne regrette que Rosalie : V-'ï 

Rosalie, navrée de voir partir son galant se 
fait religieuse. Elle est moins romanesque que 



(1) Voir aux chansons. 

(2) On remarquera combien ce couplet ressemble à 
celui île Virginie, cité plus haut. N'est-ce pas la même 
chanson avec une version différente! Le marquis de la 
Brande a donne cite dernière en entier avec notation, 
.Lux le Réveil de la Gaule et M. Henry Gay a de son 
côté recueilli celle de Virginie dans la Revue du Berry et 
du Centre sans notation toutefois, ce qui ne nous permet 
pas de juger exactement. 



13 — 



la Belle Angélique qui s'habille en garçon pour 

suivre son beau grenadier ! Lorsque les 

« bombes et les boulets » les avaient épargnés, 
et qu'ils revenaient au pays, que de changements 
dans la métairie, que de tristesses aussi, parfois, 
ies attendaient : 

Le jeun' garçon s en va 
Tout dret de chez son père : 
Bonjour chers père et mère. 
Frères, sœurs, chers parents ! 
Je viens voir ma Françoise, 
Que mon cœur aime tant ! 

Son père y lui répond 
D'un air tout en tristesse : 
Françoise, ta Françoise, 
François' n'est plus ici ! 



Son corps il est en terre, 
Son àme au Paradis ! 

Quelques-uns revenaient avec un membre 
de moins bien souvent, mais la croix épinglée 
sur leur capote grise : 

Ali ! que dira ma bonne et tendre mère 
En me voyant cette croix ? (bis) 
Tu lui diras : ma bonne et tendre mère, 
Regarde la, mais ne la touche pas !... etc. 

Quelle que soit la gloire qui s'attache à ces 
épopées, nous préférons, à l'accompagnement 
des balles et des boulets, pour nos « chansons 
guerrières *, le ronflement joyeux des vielles et 
des cornemuses relevant le pas d'un peuple 
pacifique qui suit ses maîtres-sonneurs dans la 
radieuse ensoleillée d'une belle fête berriaude ! 




99***999999999999911191 



Les Chansons de Noces 




'il est un acte de la vie qui appelle 
la chanson, c'est assurément le 
mariage. Aussi, les Berrichons, gens 
d'un naturel plutôt enjoué, mar- 
quent-ils d'un refrain chacune des 
phases de cette cérémonie. Au 
début, ce sont de langoureuses mélopées sur 
l'amour, la fidélité, de mélancoliques pastorales 
dont l'accent convient aux rythmes chevrotants 
de la vielle et de la cornemuse ; puis, le couplet 
s'anime, se colore — dirait-on — aux reflets du 
vin ; le diapason s'élève au retour de la mairie 
et de l'église, la joie de vivre exulte pendant 
le repas et la romance et l'idylle se terminent 
presque toujours par des odes bachiques, des 
chansons licencieuses. C'est que l'ancêtre berri- 
chon affectionnait le sel gaulois, la grosse plai- 
santerie et ne reculait pas devant le mot. 
Certaines de nos vieilles chansons populaires, 
parmi les plus belles, sont choquantes, il est 
vrai, mais moins dangereuses pour la morale que 
la plupart des chansons modernes qui ne se 
couvrent de voiles que pour mieux souligner 
le vice. 

Les noces de campagne ont beaucoup perdu 
de leur pittoresque. Je n'irai pas jusqu'à évoquer 
le souvenir de nos arrière grand'mères qui — 
les voies de communication n'existant pas à 
l'époque — se rendaient aux noces, en croupe, 
derrière les cavaliers montés sur de lourds che- 
vaux de domaine que précédait un joueur de 
cornemuse, dont la pacifique monture semblait 
marquer de sa tète dodelinante la cadence des 
airs rustiques que celui-ci leur jouait pour 
égayer la longueur de la route... Je rappellerai 
simplement ces cortèges composés de paysans à 
l'allure un peu traînante, en blouses neuves et 
claquantes, donnant le bras à leurs compagnes si 
naïves et si pures sous la coiffe plate à fond 
brodé, le fichu à fleurs chastement croisé sur 
les seins, en cotillons courts et souliers plats, 
comme la laitière du bon La Fontaine ! 

Vielles et cornemuses ouvraient la marche 
avec les Adieux de la Mariée, dont le ton lar- 
moyant répondait à la tristesse de la mère qui 
voit sa fille quitter la maison, sa fille, cette 



jolie mariée qui, grave, les yeux baissés, s'avan- 
çait vers le seuil de l'église en filant les aiguil- 
lées de chanvre fin dont sa quenouille était 
garnie... 

Aujourd'hui, le paysan a perdu le sens de ces 
choses simples et pourtant si poétiques! Il suit... 
le Progrès ! Et ce n'est pas à son avantage : le 
marié, (figé comme un mannequin dans une re- 
dingote de confection, coiffé d'un melon ou d'un 
haut de forme, ses mains épaisses, crevassées 
aux mancherons des charrues, emprisonnées 
dans des gants blancs, son cou bronzé par les 
soleils de juillet et les vents de galerne, serré 
dans un carcan de toile amidonnée) donne le 
bras à la mariée affublée, comme une bour- 
geoise, de falbalas qui balayent le sentier boueux, 
derrière la clarinette et le piston ! 

De toutes nos coutumes, les plus ridicules 
sont restées. Ainsi, lorsque le dernier enfant 
d'une maison se marie, on fait brûler le balai. 
On va même chez les voisins, et chaque balai 
que l'on trouve, on le jette impitoyablement au 
feu. C'est évidemment un symbole ; mais le sens 
nous en échappe. Le jour du mariage de sa fille, 
le paysan allume dans sa cour un grand feu de 
joie au milieu duquel — et différemment suivant 
les endroits — on jette soit le bonnet de la ma- 
riée, soit le « coeffion » de la belle-mère et le 
chapeau du « vieux ». Chaque invité est ensuite 
tenu de sauter par-dessus le brasier. Cela chasse 
les sorciers, parait-il !... 

Puisque, comme un torrent dévastateur, le 
ProgTès a emporté ce qu'il y avait de plus gra- 
cieux dans nos campagnes, ne parlons que du 
Passé. 

A la fin de la Mare au Diable ( i ), George Sand 
nous décrit le mariage de Germain et de la pe- 
tite Marie avec toutes ses coutumes et solenni- 
tés. Cette femme illustre connaissait si bien le 
Berry qu'il est difficile de glaner après elle quel- 
que trait que sa plume vivante et avertie ait 
laissé passer ; au point que si parfois nous nous 
flattons, dans notre orgueil de publiciste, d'avoir 
été les premiers à noter une particularité dans 



(i) Cf. George Sand: Zj Mare au Dia>>U. Appendice. 



15 — 



les mœurs de nos compatriotes, nous nous 
apercevons, en feuilletant George Sand, que, là 
encore, nous avons été devancés ! 



C'est pour vous fair' la demande 

D'vout' Margot pour nout' Jeanniot. (bis) (i) 

On chante encore, à peu près sur le même 



Dès qu'un garçon avait des « vues » sur une 
« blonde », il allait déposer à sa porte une touffe 
d'aubépine fleurie enguirlandée de rubans et de 
dentelles. Cela s'appelait « planter le mai ». Si 
le garçon ne plaisait pas à la blonde et que celle- 
ci reçut ses avances d'une façon trop mal gra- 
cieuse, le galant évincé se vengeait en remplaçant 
le mai par un fagot d'épines. Cette coutume dé- 
généra en facéties d'un goût douteux : aux 
portes des vieilles tilles, on mit une branche de 
saule pleureur avec des bottes d'oignons !... 

Le valet de ferme qui pousse la charrue à tra- 
vers les grandes plaines de l'Indre, le berger qui 
garde les troupeaux dans les « verdiaux » 
hérissant les bancs de sable où le Cher promène 
son cours capricieux en hiver, se trouvent par- 
fois très éloignés des fermes où les « blondes » 
qu'ils espèrent sont en condition. Alors, en atten- 
dant l'assemblée ou la foire du chef-lieu de 
canton qui les mettra en présence, ils trompent 
leur ennui en chantant des mélopées profondes 
tout imprégnées de leurs tendresses et de la mé- 
lancolie des solitudes. Les filles, de leur côté, 
ne sont pas moins impatientes. L'ironie locale 
se mêle parfois à l'idylle : 

Dans l'bourg de T'vet, en vérité, 
Ya des demoisell's nui veul'nt se marier. 
Elles porten. des manchettes, 

Des coiffes de dentelles 
Et des p'tits souliers mignons 
Pour plaire à ceux g?-çons.... etc. 

Leurs mères vont les chercher au bal et les 
traitent de « libertines, coureuses de ville », en 
voyant leurs mouchoirs chiffon es et leurs bon- 
nets de travers. Mais les filles tombent malades ; 
elles ont des « mal de tête, en danger d'en 
mouri... » Vite, on va quérir les « grands méde- 
cins de ville » qui diagnostiquent... le désir 
qu'elles ont de se marier ! 

Enfin les partis so~>t tombés d'accord, les 
parents vont faire la Demande en mariage (i) : 

Bonjou don la compagnie, 
Bonjou, bon. ou, enter tous 
Pé Colas, maîtress' jolie 
Et lés auf tertou, itou. 
J'v'nons vous voir tout' c'te bande 
Et j'venons si bin si biaux 



— Bonjou, métresse Jeannette, 
Vout servante Améliora ! 
Vlez-vous marier Catorette 
A nout' garçon Nicolas? 
Y s'entend ben au commarce, 
C'est lui qui vend nos naviots, 
S'exarce à tirer les vaches 
A dounner d'ia paille aux viaux. 

C'est pas pour vanter nout' fille 
Ni minm' pour en dir' du bin. 
Mais c'est qu'aile est ben gentille 
Et qu'a sait ben faire el pain. 
Et d'sa main qui n'est point bête, 
A distingu' fort aisément, 
Un' culotte à un' grand'colte ; 
C'est deux habits différents, etc.. (2) 

La veille du mariage a lieu la présentation des 
livrées : on désigne ainsi tous les cadeaux de 
noces, vêtements, bijoux, articles de toilette, etc. 
Ceux qui sont chargés de les offrir à la mariée 
se rendent chez elle en chantant des airs de 
circonstance qu'accompagnent les ménétriers. 

Arrivés devant la porte de la jeune fille, ils la 
trouvent solidement fermée au verrou. Alors, dit 
George Sand, une lutte lyrique commence entre 
les chanteurs du marié et ceux de la mariée, 
car elle aussi a ses chanteux fins et, de plus, ses 
chanteuses, expertes matrones à la voix chevro- 
tante a qui l'on n'en impose point en donnant 
du vieux pour du neuf. « Si l'on connaît au 
dedans la chanson du dehors, on 1 interrompt 
dès le premiers vers en chantant le second, et 
vite, il faut passer à une autre. Trois heures 
peuvent fort bien s'écouler au vent et à la pluie 
avant que le parti du marié ait pu achever un 
seul couplet tant est riche le répertoire des chan- 
sons berrichonnes, tant la mémoire des beaux 
chanteurs est ornée ; chaque réplique victorieuse 
du dedans est accompagnée de grands éclats de 
rire d'un côté, de malédictions de l'autre. Enfin 
l'un des partis est vaincu et l'on passe à la chan- 
son de noces (3) ». 

« Ouvrez la porte, ouvrez, 

Marie ma mignonne, 

J'ons de biaux rubans à vous présenter 

Hélas! ma mie, laissez-nous entrer. 

A quoi les femmes répondent en fausset ou 
d'un ton dolent : 



(1) Nous connaissons aussi la Dem.ir.de en mariage du 
Grand Pierre à la Yoyetle, qu'un amusant conteur, qui 
signait marquis de la Brande, recueillit jadis dan> le 
Réveil de la Gau. 



1 Cette version du Haut Berry nous a été communi- 
quée avec la notation par M. l'abbé K.irge d'Alouis. 

(2) Cette seconde version a parue dans le Réveil de la 
Gaule, recueillie par P. de la Loje. 

(3) Gl ORGH Sand : /.rs Notes de campagne (chap. II). 



i6 



« Mon frère est en chagrin, 

Ma mère en grand'tristesse. 
Moi, je suis un' BIT de trop grand merci 
Pour ouvrir ma porte à cette heure ici. 

« Si les paroles sont naïves, dit encore G. Sand, 
et la versification par trop libre, en revanche, 
l'air est magnifique dans sa solennité simple et 
large ». 

Les hommes reprennent le premier couplet 
jusqu'au troisième vers qu'ils modifient selon le 
cadeau qu'ils doivent offrir, par exemple : 

J'ons un beau mouchoir à vous présenter... etc. 

Mais ils essuient de la part des matrones un 
refus aussi catégorique que la première fois et 
quinze, vingt couplets se déroulent ainsi jus- 
qu'à ce que les hommes, après avoir énuméré 
tous les cadeaux qui composent la corbeille de 
la mariée : un beau devantiau, une croix en or, 
des boucles d'oreilles, etc., finissent par dire : 
J'ons un beau mari à vous présenter... 

Alors, hommes et femmes reprennent à l'unis- 
son en s'adressant à la mariée : 

Ouvrez la porte, ouvrez, 
Marie ma mignonne, 
C'est un beau mari qui vient vous chercher ; 
Allons, ma mie ! Laissons-le entrer ! 

Ces jeunes paysans chantant à la porte de la 
fiancée nous rappellent certaine coutume grecque 
où le chœur se présentait en grande pompe (évi- 
demment le notre n'a pas la même majesté !) 
devant la maison du vainqueur en lui chantant 
des poèmes... 

Enfin, voici le grand jour ! Les invités arri- 
vent « à pleines voitures » : 

Nous venons à ce soir 
Tout dret de nout' village 
Pour vous faire à savoir 
A perpos d'vout' mariage 
Madam' que j'vous souhaitons 
Tous les plus heureux dons. 



Recevez ce bouquet 

Que ma main vous présente ; 

Prenez-en une fleur 

Et qu'ail' vous donne entente 

Madam' que vos couleurs 

Passeront comm' ces fleurs. 

Recevez ce gâteau 

Que ma main vous présente, 

Cassez-en un morceau 

Et qu'il vous donne entente 

Que pour ce pain gagner, 

Madam' faut travailler... etc. (i) 

On voit que nos paysans usent entre eux 
d'une courtoisie parfaite ! Ils aiment d'ailleurs 



assez se qualifier comme des bourgeois ! « Mon- 
sieur, madame ». 

Nous somm's venus vous von 
Du fond de nof village 
Pour souhaiter ce soir 
Un heureux mariage 
A monsieur votre époux, 
Aussi bien comme a vous... etc. 

Le cortège se forme : vielleux et cornemuseux 
viennent en tète en sonnant une vieille marche 
berrichonne : 

Au pays du Berry, quand une fillette 
A fixé son choix, oui-da ! sur un epouseux, 
Les parents, les amis, tn habits de fête 
Viennent précèdes, oui-da ! d'un cornemuseux... etc. i) 

La belle-mère ferme la marche et se désole : 

Quand on marie ses filles, 

Faut-y, que de tourmeits ! 

On les mène à l'église, 

AH's vont toujours pleurant : 

Adieu les amourettes. 

Adieu, c'est pour longtemps... etc. 

A la sortie de la messe, tout le monde fre- 
donne ironiquement : 

J'ia prenons cheux guère, guère. 
J'ia menons cheux rin du tout. 
Disons, disons tous 
Qu'ail' ne valait gu 
Disons, disons tous 
Qu'ail' vaut rin du tout. 

Mais où l'essaim des chansons prend son vol, 
c'est au moment de ces repas pantagruéliques 
qui durent parfois plusieurs jours. Le vin, l'amour, 
la gloire, rien n'est oublié. C'est l'exaltation de- 
là vie dans l'exubérance de la joie !.., 

Deux érudits que le Berry devrait honorer 
davantage pour avoir su conserver tant de 
choses du passé qui seraient mortes sans eux, 
MM. Laisnel de La Salle et Ribault de Laugar- 
dière, nous ont transmis de fort réjouissantes 
chansons. 

En voici une qui donnera à peu près le ton : 

Ma bell", fasez-moi un bouquet 

Qui sietf ben fait : 
Etachez-lu d'une soie varte 

Ben proprement, 
Mes amours, itou les voûtes. 

Serjint dedans. 

Généralement ces chansons se terminaient par 
des « You ! You ! » frénétiques et perçants. C'est 
le « Yo ! Yo ! » que les Romains faisaient en- 
tendre aux l'êtes consacrées à l'hymen et à 
Bacchus, 

Le lendemain des noces, on accomplit un sot 
usage que G. Sand a justement flétri, « car, dit- 



(i) Cf. Ribault de Laugardière : Les Noces de campa- 
gne en Berry. Une version de cette chanson a été publiée. 
avec musique, dans /.,; Bonne Chanson, n" 6. 



(i) Cette chanson qui fut attribuée, on ne sait pour- 
quoi à G. Sand est de Lhuilhcr. C'est de nos jours, la 
chanson la plus populaire du Berry. 



'7 



elle, il fait souffrir la pudeur de la mariée et tend 
à détruire celle des jeunes filles qui y assistent ». 
Vers quatre heures du matin, toute la noce fait 
irruption dans la chambre nuptiale pour appor- 
ter la routie (i) aux époux : 

Ouvrez, ouvrez la porte, la jeune mariée, 
Ouvrez la porte, ouvrez et laissez-nous entrer. 
Ah ! non, vrai Dieu ! Je suis au lit, 
Je suis au lit couchée... etc. 

Peu à peu les invité-:, la parenté s'en vont ; 
chacun retourne à ses travaux ; seule, la jeunesse 
intrépide reste encore pour virer les dernières 
bourrées : 

En revenant des noces, 

J'étais bien fatigué. 

Au bord d'une fontaine 

Je m'y suis reposé. 



Oui, j'attends, j'attends, j'attends, 

Celle que j'aime. 

Que mon cœur aime, 
Oui, j'attends, j'attends, j'attends, 
Celle que mon cœur aime tant... etc. 

Mais les carillons joyeux de la noce ont éveillé 
l'espoir du gars qui n'a pas encore trouvé « chaus- 
sure à son pied ». 



(i) La même coutume existe en Bretagne. Mais la rou- 
tie qui, chez nous, est une sorte de soupe frite très poi- 
vrée, est remplacée en Bretagne par la soupe au lait. 



J'en aurai l'une 
A la Toussaint qui vint, 

Soit blonde ou brune. 
La beauté n'y fait rin. 

Et trou la la, 
Trou la 1ère... 

Puis ce sont celles que l'on oublie, les Cen- 
drillons qui restent à la maison pendant que les 
autres sont partis aux noces : 

Dedans Moinay le petit bourg 
Ya des fill's tout à l'entour. 

Yen a des gent's et pis des laides, 
Toutes bonnes à marier, 
Mais personn' les demande... etc. 

Qu'importe ! Elles ne désespèrent pas. Leur 
tour viendra aussi bientôt : 

Vers choux nous ieux mariont tous 
Gnya que moue qui garde l'âne. 
Vers cheux nous ieux mariont tous, 
Gnya que moue qui garde l'tout. 
Quand mon tour vinra 
Gard'ra l'âne, 
Gard'ra l'âne, 
Quand mon tour vinra, 
Gard'ra l'âne qui voudra... etc. 

Tout ceci est empreint à la fois de rudesse 
primitive, de fine malice et de saine gaieté fran- 
çaise ! 




VI. 



Les Chansons de Métiers 




ans chaque métier il y a une ca- 
dence : la roue du moulin, la hache 
du bûcheron, le marteau du forge- 
ron, le fléau du batteur, etc. ; et 
cette cadence appelle la chanson ! 
Chanter est presque un acte natu- 
turel qui accompagne le geste du travailleur, qui 
le désennuie dans sa tâche machinale. 

Il semble que le cordonnier ne puisse bien 
tirer son ligneul, le maçon manier sa truelle, le 
laboureur pousser sa charrue, que s'ils joignent 
un chant à leur acte. Avec eux, évidemment, 
nous voilà loin des romances de bergères et de 
mariées ; les accents sont plus rudes, les refrains 
comportent généralement une onomatopée que 
souligne encore la phrase musicale, et les paro- 
les sont si naturalistes parfois, qu'il serait difficile 
d'aller jusqu'au bout des exemples que nous 
voudrions citer, sans dépasser les bornes d'une 
morale très élémentaire. 

Bûcherons, scieurs de long, charbonniers, tous 
les « quiaulins » (comme on désigne chez nous 
ceux qui vivent et travaillent dans les bois), 
avant que la Politique ne soit venue les troubler, 
égayaient leurs pénibles besognes avec des 
chants qui avaient presque toujours pour thème 
les soucis et les espoirs de leur existence. 
Voici la chanson des scieurs de long : 

Ya pas d'métier plus brave, 

Lon fron fron la 

Lon fron fron la. 
Ya pas d'métier plus brave 
Que les scieurs de long, {bis) 

Quand ils sont sur leurs pièces, 

Lon fron fron la 

Lon fron fron la 
Quand ils sont sur leurs pièces, 
Entonnent une chanson, (bis) 
Le maître les vient voir» 

Lon fron... etc. 
Le maître les vient voir* : 
Courage, compagnons ! (bis) 
Nous aurons de l'ouvrage, 

Lon fron... etc. 
Nous aurons de l'ouvrage 
Pour toute la saison, (bis) 
A la saison finie, 

Lon fron... etc. 



A la saison finie 

Nous en retournerons, (bis) 

Chacun z'avcc sa femme, 

Lon fron... etc. 
Chacun z'avec sa femme 
Les ceuss qui n'en auront, bis (l) 

Citons la délicieuse mélodie du Fendeur dont 
tant de provinces revendiquent la paternité : 

C'est un joli fendeur 

Dans sa loge jolie. 

Il tenait dans sa main 

L T ne rose fleurie, 

Fendeur, dormez-vous ? 

Fendeur, joli fendeur, 

Fendeur, réveillez-vous... etc. (2) 

Sous la futaie, d'autres chansons s'envolent 
avec la fumée des charbonnières : 

Chaibonnier, mon ami. 
Que ta chemise est noire ! 
Helas ! madame, c'est l'état du métier, 
Chemise noire au charbonnier. 

Charbonnier, mon ami, 
Combien vends-tu ta banne? 
Hélas ! madame, je la vends dix êcus, 
C'est du charbon de bois menus. 

Charbonnier, mon ami, 
Combien veux-tu d'ta banne ? 
Hélas ! madame, je la vends trente francs 
Et vos amours comprises dedans, etc. 

Le laboureur va nous conter ses difficultés 
avec l'existence : 



Le pauvre laboureur 
Depuis l'âge de deux ans 
Est habillé en toile. 
Comme un moulin à vent 



(1) Recueillie par Henri Gay. 

(2) Voir aux chansons. André Theuriet la revendique 
pour la Lorraine, Achille Million pour le Nivernais. Diffé- 
rentes versions existent même dans certaines régions du 
Bercy. Je la donne telle que la chantait Henri Dumont, 

igriculteur à Sancoins, dont la bonne toi ne saurait être 
suspectée, qui l'écrivit lui-même et me la donna comme 
étant de pure source berrichonne. Il était ne vers l8;8et 
il la tenait de sis aïeux. I.a version nivernaise n'est pas 
très différente comme paroles, de la notre (bien qu'elle 
comporte ties couplets surajoutés) ; mais tandis que la 
mélodie * rappelle, dit le musicien Pcnavaite, le style du 
plain-chant d'église >, la nôtre se poursuit à l'allure \\o 
et décidée Je la bourrée. 



— 19 



Qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il neige, 
Orage ou mauvais temps, 
L'on voit toujours sans cesse, 
Le laboureur aux champs. 
Refrain : 
Allons, allons, allons, ch... 
Allons, mes petits compagnons, 
Copé, Sarrazin, 
Et l'boyer ça fait cinq... in... 
Allons, allons, allons, ch... 
Allons, allons, allons, ch...lon. 

2. 
Le pauvre laboureur 
Il a beaucoup d'enfants 
Qui vont à la charrue 
Depuis l'âge de douze ans, 
Il leur fait faire des guêtres 
Pour l'état du métier, 
C'qui n'empêch' pas la terre 
D'entrer dans leurs souliers. 

3- 
Le pauvre laboureur i 

Il a ben du malheur, j ,s 

Il n'est ni roi, ni prince, 

Ni banquier, ni seigneur 

Qu'empêcheront la peine 

Du pauvre laboureur. 

4- 
Qui qu'a composé c'te chanson, 

C'est un garçon boyer, 

Assis sur sa charrette 

Il se mit h chanter. 

Piquons de droite à gauche, 

Et nous émouvons pas, 
Nous sortirons peut-être, 
Ah ! De ce mauvais pas ! (i) 

C'est la vie en raccourci du paysan d'autrefois. 
Aujourd'hui, sans « rouler sur l'or », Jacques 
Bonhomme est plutôt cossu ; en tout cas, il 
gagne largement sa vie. Ici, l'inspiration du barde 
rustique est toute spontanée : « Assis sur sa char- 
rette », il improvise, « il se met à chanter... » 
Et cela nous rappelle l'admirable Paul Froment 
dont la fin tragique et prématurée (il mourut à 
22 ans) semble devoir rester toujours dans le 
mystère, qui composait en labourant les plus 
belles chansons, qu'on n'ait jamais entendu en 
terre d'Agenais ! 

On pourrait reconstituer ainsi avec des chan- 
sons toute la vie du peuple des champs. 

Les moissons rentrées, le paysan bat son blé 
sur l'aire de sa grange, et au bruit des fléaux, il 
chante : 

Oh ! hatteux, battons la gerbe, 
Compagnons, joyeusement... etc. 

Un qui parait moins satisfait de son métier, 
c'est le vigneron : 



(i) A défaut de la musique, nous avons tenu à donner 
les paroles de cette vieille chanson bcrriaudc recueillie 
par M. Henri Dtimont et que Julien Tiersot baptisa: 
Chanson de la Bresse ! 



Ah ! quel état de galère 

Que l'état de vigneron ! 

Toujours bouler la terre 

En toutes les saisons 
J'aurions d l'argent comme un homme, 

Comme un groùs baron. 
Qu'on nous dit : c'est pas un homme, 
C'est un vigneron, (bis) 

La porchère qui conduit son troupeau à la 

glandée égrène en chemin ses couplets : 

Quand j'étions de chez mon père, 
Les cochons j'allions garder (bis) 
You ma tron tron tron tiretaine, 
Vou ma tron tron tron tireton... (i). 

On s'étonne de rencontrer fréquemment dans 
nos vieilles chansons le mot « matelot ! » C'est 
que la pensée de la paysanne, le souvenir de la 
bergère pendant les veillées d'hiver s'envolaient 
souvent vers le gars ou le fiancé parti pour son 
sort et qu'un mauvais numéro avait fait classer 
dans la marine. Il naviguait pendant de longues 
années, (le service militaire étant alors de sept 
ans), et s'il ne mourait pas d'un coup de sagaie 
ou de la fièvre au bord de quelque marigot, on 
le voyait un beau jour débarquer au seuil de la 
métairie, bronzé comme un marocain, maigre 
comme un chacal, mais portant triomphalement 
sur son épaule, un affreux ouistiti ou un perro- 
quet des Iles ! 

Le pauvre marsouin peinait beaucoup à se 
réhabituer à la vie des champs ! Il passait son 
temps à raconter ses campagnes dans « ceux 
pays sauvages », ses voyages à travers les mers 
lointaines... C'était une aubaine pour les « faiseux 
de chansons » qui composaient cinquante cou- 
plets sur ces pittoresques récits. 

Maintenant, on désigne aussi chez nous sous 
le nom de « matelots » les mariniers du canal 
du Berry !... Tout simplement ! 

Celui qui tenait une large place dans l'exis- 
tence du paysan berriaud, c'était le cornemuseux ! 
On le voyait escorter les noces, les défilés de 
conscrits, les mascarades des jours gras, activer 
les pileurs de raisin au temps des vendanges ; il 
jouait même à l'église pendant l'Elévation et le 
Magnificat et c'était lui « qui faisait danser ceux 
filles à ceux printemps nouviaux! » Assissur un ton- 
neau, un pichet de vin coiffé d'un verre à ses pieds, 
il bouffait à perdre haleine dans sa peau de bouc : 

Vous avez ben tous connu 
L'pé Larue et sa musette, 
l, ■ min ! Ouin, ouin, ouin !... etc. 

Ainsi, malgré les duretés, les injustices, les 
tristesses de la vie, du haut en bas de l'échelle 
sociale, on chante, tant est vrai ce proverbe : 
« En France, tout finit par des chansons 1 » 



(i) Voir au chansons. — On trouve cette chanson : La 
Tr eut gar elle, dans l'Angoumois, sur un autre air et avec 
de nombreuses \ ariantes. 



X/M XM MM 3821 3321 



VII. 



Les Chansons de Fêtes 




os provinces françaises sont plus 
ou moins expansives. La configu- 
ration du sol semble jouer un rôle 
dans la diversité de leur humeur. 
Ainsi, les populations sylvicoles 
ou montagnardes sont générale- 
ment plus calmes que celles qui 
vivent au bord d'un fleuve ou dans une plaine. 
La Nature, heureusement, supplée à cette 
mélancolie par la chanson des arbres et des 
oiseaux. 

Partout où il y a du soleil, des coteaux, de la 
vigne, les gens sont gais et bruyants. Tout est 
prétexte à chansons. Autrefois, en Berry, chaque 
corps de métier avait son patron, chaque patron 
sa fête et sa chanson appropriée. Il n'était pas 
un village, pas un bourg qui n'eut sa fête patro- 
nale ; (apport ou assemblée) et, comme aux 
temps païens, tous les rites de ces fêtes étaient 
accompagnés de chants. 

La S 1 Jean avec « la foire aux valets », la 
S' Thomas et Noël, Noël surtout, donnaient lieu 
à des réjouissances et à de curieuses coutumes. 

Au soir tombant, le maître aspergeait avec 
de l'eau bénite, la bûche de Noël que l'on nom- 
me diversement tniffiot ou cosse de Nau et qui 
provient d'un chêne vierge de tout élayage. Il y 
mettait le feu, puis les gens de la maison allu- 
maient des lanternes et tous s'en allaient par les 
sentiers couverts de neige, fêter la Nativité à 
l'église du village. Chemin faisant, les habitants 
des autre- métairies se joignaient à eux et des 
centaines de petites lumières dansaient dans la 
campagne comme des feux-follets, tandis que le 
chant d'allégresse des bergers s'élevait dans la 
nuit mystérieuse et glacée : 

Boulons nus habits Ils plus biaux 
Que j'ons quand il est fête. 
Pour adorer l'Enfant Nouviau, 

Ça s'nut t'y malhounnête, 

Si j'allions, en saligauds, 

Visiter nouter Maître. (i) 

Au retour, on donnr.it double provende aux 
bêtes dans l'étable, puis on réveillonnait : 

Madame Louise prend chemin 
Avec nout' assemblée, 



(i) Voit aux chansons. Les vignerons de Milla 

en Sologne, se sont attribi é ce Noël 1 e Berry l'a t iu 

jours chante ! 



Apportant saucisse et boudin 
Et vin blanc de l'année... etc. 

Ces chants, sur le rythme sautillant de la 
bourrée vont souvent du mode majeur au mode 
mineur, du rire aux larmes, sant transitions. Les 
paroles ont un tour fin, plaisant, narquois et 
sont parfois d'une grivoiserie qui serait insolente, 
si elle ne s'abritait sous le voile d'une amusante 
naïveté. A côté de ces chansons « gauloises » qui 
nous rappellent Gargantua, illustre chez nous 
bien avant que Rabelais n'eut écrit son histoire, 
à côté de ces hardiesses de langage, on trouve 
aussi l'accent mélancolique de certains airs gaé- 
liques et des anciens chants d'Irlande. 

Les enfants n'oubliaient pas, le Jour des Rois, 
d'aller de ferme en ferme réclamer « la part à 
Dieu ». Le plus grand chantait ces couplets en 
s'adressant à la compagnie : 

Avisez donc ce biau gâtiau 
Qu'il est dessus la table 
Et aussite ce biau coutiau 
Qu'est au long qui l'argade. 
Ah ! si vous pouvez 
Pas ben le couper. 
M'y faut le dounner 
L'gâtiau tout entier. 
Ah ! si vous vlez ren nous dounner 
Faites nous pas attendre. 
Mon camarade qu'a si grand fré, 
Moue que le corps m'en tremble. 
Dounnez-nous en donc ! 
l'avons qu'trois calons 
Dans nouter bissac 
Fasons trie et trac ! 
Ah ! dominez, dounnez-nous en donc 
faites moue pas attendre 
Dounnez moue la till' de la maison. 
Ah ! c'est ben la pus gente 
Qu'est contre le feu, 
Que coupe ia part à Dieu. 
Je v Ions pas nous en r'tourner 
Que nouter jau il ait chanté. 

Et tous les gamins reprenaient en chœur : 
Les Rois ! Les Rois ! 
La part au bon Dieu s'ibvous plaît ! 

Ceci rappelle l'aguilc des petits bretons et les 
Evangueus îles Ardennais. 

Pour le Mardi-Gras, on promène dans les rues, 
au son des vielles et cornemuses le bœuf vielle 
tout enrubanné. 

Mardi-Gras, 

T'en va pas, 

J f ions des crêpes... etc. 



Le dimanche suivant, premier de Carême, 
autrement dit, jour des Rogations, a lieu en 
Berry la fête des brandons. Au crépuscule, les 
feux des « brandouneux « s'allument. Ils vont 
par bandes, agiter des torches enflammées sous 
les arbres fruitiers et dans les semailles, afin 
d'empêcher les vergers et les îécoltes d'être 
ravagés par les mulots, les insectes et autres 
calamités de l'agriculture. Cette coutume rap- 
pelle les Lupercales qui se faisaient à Rome en 
l'honneur du dieu Pan. (i) 

Brandounons la nielle 
Et la nielle et l'éehardon ; 
Brandounons fumelles, 
Brandounons la nielle... etc. 

Voici Mai ! On va célébrer le retour du soleil, 
le mois de l'amour, des fiançailles et des fleurs ! 
En Lorraine, des théories de jeunes filles vêtues 
de robes blanches parcourent les rues en chan- 
tant des trimazos ; en Berry, les jeunes filles 
restent chez elles, attendant leurs fiancés qui 
vont leur apporter les premiers rameaux d'au- 
bépine : 

J'ai pris la fantaisie 
D'aller chanter le mai 
Tout le long du gué 
Joli mois de mai 
D'aller chanter le mai 
A la port' de ma mie. 

A la port' de ma mie, 
Galant n'y chantez pas 
Tout le long du gué. 
Joli mois de mai 
Galant n'y chantez pas, 
Hélas ! Je vous en prie ! 

Il y a une soixantaine d'années, le premier 
dimanche de Mai, on célébrait encore le Brunit 
dans la plaine de Xeuvy-le-Barrois. C'était une 
sorte d'assemblée qui rappelait le Berlue ou fête 
du printemps que célébraient les Celtes. 

La fin des moissons donnait également lieu à 
une belle cérémonie que George Sand a fidèle- 
ment rendue dans Claudie. On fêtait la Ger- 
baude: la dernière gerbe couverte de fleurs et 
de rubans était hissée sur le chariot et ramenée 
à la ferme au bruit des musettes et des chan- 
sons. Quelques fêtes patronales sont encore 
observées aujourd'hui : la S' Abdon, la S v Vin- 
cent et la S' Sylvain, patrons des laboureurs et 
des vignerons. 

Le soir, on fait bomban.e dans les auberges; 
on mange du salé, des ragoûts, des sauc 
vin, des rôtis, de la salade avec beaucoup de 
moutarde (sans cela le repas ne serait pas com- 
plet 1) et lorsqu'apparait la galette aux « tru- 
elles », le grand Louis de la Pille-Lourde ^ lève : 

— Laquelle que j'vas vous chanter ? 

— Celle-là qu'tu contes si ben et qu'tu chan- 
tes si mal, va donc ! insinue un malin. 



— La plus près du pouce ! crie un moisson- 
neur de S ta Baudel. 

Enfin, le grand Louis se décide : 

— Verse-moi à boire, toi, Guillemot, j'ai soué ! 
Puis une main sur le cœur, les yeux fixés au 

plafond, il chante : 

Ah ! si l'amour prenait racine 

Dans mon jardin j'en planterais, 

J'en planterais si long, si large, 

J'en frais part a mes camarades, 

Vive le un ! 

Vive le vin ! Vive l'amour ! 

Et voilà le jour ! ( i ) 

Il ne faut pas oublier que le Berry est un pays 
de vignes ! S'il ne fournit pas de grands crûs il 
produit tout de même des vins blancs et des 
vins gris dont la couleur rubis fait flamber l'œil 
d'un berrichon, et dont la saveur est des plus 
agréables. Les vignobles de Sancerre, Quincy, 
La Châtre, Issoudun, qui nous a donné le Cautpo- 
Forti dont parle César, sont justement renom- 
més ; aussi les vendanges sont elles fêtées comme 
il convient : 

Beau vigneron plantant -.a vigne (bis) 

La plante à la pointe du jour 

Quand la bergère fait son tour. 

La belle entra dedans la vigne, 

Elle en trouva fort à son goût 

Des raisins verts, des raisins doux... etc. 

« Dardelantes » et « poiluses » ce jour-là pren- 
nent leur volée ! Les « Macchabées » comme on 
appelle les vignerons à Issoudun (probablement, 
dit M. de Laguérenne, parce qu'ils forment une 
nombreuse famille), font défiler tout le répertoire 
des chansons bachiques : airs de bourrées, chan- 
sons de marche, rondes et branles se succèdent 
au milieu du charivari de la lourde gaieté ber- 
riaude, rappelant les festins de nos ancêtres, les 
Gaulois, animés par le vin de Massalie et chan- 
tant leurs hymnes guerrier-. 

Par une délicieuse fin de journée d'été, je me 
promenais sur la route de S'-Chartier en compa- 
gnie de l'aimable curé de Verneuil. Un vigneron, 
ses outils sur l'épaule, descendait la côte que 
nous gravissions. Il s'arrêta devant nous, et sa 
face vermeille, éclairée d'une douce joie, d'un 
geste large, il désigna 'es vignes qu'empourpraient 
les derniers feux du soleil couchant : 

— Hein, l'abbé, s'écria-t-il. Yen a t'y encore 
des chansons là-dedans !... 

O u i ! Tant qu'il y aura des vignes et des 
il y aura de- chan OHS en Berry 
tns notre beau pays de Fiance ! 



(l) Cf. Chapitre II : Les « Ronds > et les » Dardi I 



ii, Celte chanson est consignée dans Laisnel de la 
.sml couplet qui 
s'en rapproche a peu près est celui-ci : 

-; l'amour prenait racine 

■ut' ni,, vigne, 
yen planterais dans mon Jardin 

Aux çuatn 
J'en ba\ 

(lui il': n ont /••'tut. 



22 



LA BERGERE AUX CHAMPS 



Harmonisée par 



Hjelle Aimée de Mourgues 



Moderato 



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Que la bergère aux 



N'ya rien dans, si char, niant 



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Ion lai. re Ion lai.ro Ion laî.ro Ion la 




Quand la bargère entend 
La voix de son galant, 
Ail' prend sa jupe varte 
Et son biau cotillon, 
AU' va ouvrir sa porte 
A son barger mignon. 

Au Refrain. 



Barger, mon doux barger, 
Où irons-nous prom'ner ? 
Là-bas, dedans la plaine, 
Un beau châtiau il y a, 
Nous souperons ensemble 
Parlera qui voudra. 



Au Refrain. 



Barger, mon doux barger, 

( _>u'aurons-nous à souper ? 

L'n pâté d'alouettes, 

L n fort joli gâtiau 

Et du bon vin d Espagne 

Que j'ai sous mon mantiau. 

Au Refrain. 



Barger, mon doux barger, 
J'entends quelqu'un passer. 
Je crois que c'est mon père 
Oui vient pour me chercher! 
Cachons-nous sous l'herbette 
Et laissons-le passer. 

Au Refrain. 



24 



FAUT- IL ETRE SI PRES 

D'UN ROSIER! 



Notée et harmonisée par 

André Coedès-Mongin 



ç/And 1 ! espressivo 



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Faut - il êtr si près d'un ro . sier 



Sans y pouvoir cueillir la 



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Pour finir 



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-lez, Car c'est pourvous qu'la ro.se e . elo . se. 




Faut-il ètr' si près d'un ruisseau 
Endurer la suif que j'endure. 
Beuvez, beuvez, cher émant, beuvez, 
Car c'est pour vous que l'ruisseau coule ! 



A. SH^B. 



25 

LE FENDEUR 



\ ■ ■ . ■ 1 1 haï monisee par 

André Cœd'es-Mongin 



Allegretto 

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C'est un jo . li fen.deur Dans sa lo - ge jo _ li _ e 



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26 



Le roi vint à passer, 

Le roi avec sa fille. 

Le roi dit au fendeur : 

« Donne-moi donc ta rose ! » 

Fendeur, dormez-vous... etc. 



« J'ai deux vaisseaux sur l'eau 
Chargés de marchandises. 
Yen a un chargé d'or, 
L'autre de pierres fines. » 
Fendeur, dormez-vous... etc. 



Le fendeur dit au roi : 

« Pour te donner ma rose, 

Pour te donner ma rose 

Tu m'donn'ras donc ta fille ! » 

Fendeur, dormez-vous... etc. 



« Yen a un chargé d'or, 
L'autre de pierres fines, 
L'autre qui n'a rin d'dans, 
Rin que trois jeunes filles ». 
Fendeur, dormez-vous... etc. 



« Pour te donner ma fille, 
Tu n'es pas assez riche, 
T'as pas seul'ment vaillant 
Sa robe et sa chemise ! » 
Fendeur, dormez-vous... etc. 



« Yen a un' qu'est ma sœur, 
L'autre qu'est ma cousine, 
L'autre m'est rin du tout, 
J'en ferais ben ma mie ! » 
Fendeur, dormez-vous... etc. 




27 

LA FILLE D'UN PRINCE 



-, AU'.' giusto 



Notée et harmonisée par 

André Coedès- Mongin 




Ce . tait la filr d'un Prin.ce.Tra la la la la la la la la la 





la la la le . te, Tra la la la la la la. Ce . tait la fi 11" d'un 



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Se met à sa fenêtre 
Tra la... etc. 
Se met à sa fenêtre 
Pour voir la mer couler. (lus) 



Elle aperçoit un' barque, 

Tra la... etc. 
Elle aperçoit un' barque, 
Trent' matelots dedans. (bis) 



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28 



Le plus jeune des trente, 

Tra la... etc. 
Le plus jeune des trente 
Chantait une chanson. (bis) 



Pourquoi pleur's-tu la belle, 

Tra la... etc. 
Pourquoi pleur's-tu la belle, 
Qu'as-tu donc a pleurer ? ( bis) 



La chanson que tu chantes. 

Tra la... etc. 
La chanson que tu chantes, 
J' voudrais ben la savoir.. (bis) 



C'est-y ton père ou ta mère, 

Tra la... etc. 
C'est-y ton père ou ta mère, 
Ou ton frère ou ben moue ? {bis) 



Montez dedans nout' barque, 

Tra la... etc. 
Montez dedans nout' barque 
Je vous l'apprendrons, (bis) 



C'est ni mon pèr' ni ma mère, 

Tra la... etc. 
C'est ni mon pèr' ni ma mère, 
C'est ni mon frèr' ni toué. 



Ils fir'nt cent lieues en mer, 

Tra la... etc. 
Ils fir'nt cent lieues en mer, 
Sans boir' ni sans chanter, (bis) 



Je pleur' mon cœur volage, 

Tra la... etc. 
Je pleur' mon cœur volage 
Que vous m'avez ôté. (bis) 



Mais au bout du centième 

Tra la... etc. 
Mais au bout du centième, 
AU' s'est mise à pleurer. (bis) 



Pleurez pas tant la belle, 

Tra la... etc. 
Pleurez pas tant la belle, 
On vous le rem/rcra. (bis) 



14. 

C'est pas un' chose à rendre, 

Tra la... etc. 
C'est pas un' chose à rendre 
Comm' de l'argent prêté ! (bis) 



29 



VOILA SIX MOIS 

QUE C'ETAIT LE PRINTEMPS 



Notée par Charles Denis 

Lent 
dolce 



Harmonisée par 

André Coedès-Mongin 



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six mois 


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2. 



Ignorant tout jusqu'au point de l'amour 

Rien ne m'troublait que l'entre d'ma chaumière 

J'allais au bois, j'y restais la dernière 

En m'amusant je filais tout le jour 

J'y craignais rin que le loup et ma mère. 



Par un biau jour Colin vint à passer : 

— « Que fais-tu là seulette, ma bergère ? » 

— « Je seus ici dans un lieu solitaire, 
Sortez-moi donc de ce maudit chemin ! » 

— « Donn' moi la main comme si j'étions frère ». 



Au lieu du bras il me tendit la main 
En me disant les amours les plus tendres. 
Ah ! de l'aimer j'aurais dû m'en défendre 
J'aurais voulu rallonger le chemin, 
Tant que j'avais du plaisir à l'entendre. 



— « Adieu la bell', je te quitte en ce lieu 
Pour m'en aller voir une autre bergère. 
Elle est là-bas dans ce lieu solitaire, 
Toujours disant : viendra-t-il mon amant ? 
Je n'ai donc plus que mon chien de fidèle ! » 



6. 



— « Adieu ingrat, tu me quitt' en ce lieu 
Pour t'en aller voir une autre bergère ! 
Je suis t'y pas aussi fraich' que la rose ? 
Tous tes amours sont gravés dans mon cœur 
Faut-il encor' te répéter ces choses ?... » 



31 



LA BELLE ANGELIQUE 



N it( è et harmonisée par 

Léon Branchet 



MouvI do Marche 



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— Si ton départ est d'main, 

J'ons une grande envie, 

C'est d' partir avec toué 

Au service du Roué 

Et de m'y engager 

Au rang des guernadiers ! 



bis 



Mais au bout des sept ans, 

Via la guerr' que s'allume, 

Et dedans un combat, 

Ail' fut blessée au bras ; 

AU' fut forcée d'avouer : 

« Je n'suis point-z'un guerrier ! » 



bis 



— Si t'veux t'y engager 
Quitt' tes habits de fille, 
Prends les ceuss d'un garçon, 
Demain nous partirons 
Et je t'y frai marquer 
Au rang des guernadiers ! 



bis 



— Si tu n'es point guerrier, ) 
Fais nous le donc counnaitre ' 
Montre nous tes blancs seins, 
Tes brillantes couleurs... 
Nous ne somm's point méd'cins, 
Mais nous le voirons ben ! 



bis 



La belle fut sept ans 
Sans qu'on la recounnaisse ; 
Ben des gens l'argardint, 
Parsounn' la r'counnaissint ; 
Yavait ren qu'soun amant 
Qu'la bijait ben souvent. 



bis 



bis 



La belle et aussitôt ) 

Défit ses épinglettes : 

— T'nez, les v'ia, mes blancs seins 

Mes brillantes couleurs ! 

Vous voyez ben, messieurs, 

Que j'seus pas un menteux ! 



Le commandant lui dit : 

— Monte là-haut dans ma chambre 

Tiens, v'ia cinq mille francs, 

Pour toué z'et toun amant, 

Allons, les amoureux", 

Mariez- vous, tous les deux ! 



33 

LA PROMISE 



Recueillie par M** 1 !'' PontV 



Avec mouv 1 



Notée et harmonisée par 

Francisque Parcieux 




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Au bout de sept ans tout au plus, 
Mon galant est revenu. 
Il frappa trois coups à la port' de cheux nous 
« Ma mie, y êtes- vous ? » 
Mon père y dit à l'instant : 
« Ma fille aile est aux champs, 
Seriez-vous son calant ? » 



Sans attendre un plus long discours, ( , . 

S'en va trouver ses amours... 
Là-bas, sous l'ormeau, ail' filait son fusiau, 
Et gardait son troupiau : 
« Bonjour, l'amie de mon cœur, 
Reçois tout's mes faveurs, 
Je suis ton serviteur ! » 



« Artirez-vous, monsieur, je vous prie, i 
Vous n'êtes pas mon ami ! » 
« Ma belle en partant, j'étais qu'un paysan, 

Mais va ben du sang'ment ! 

Maint'nant me via revenu 

Tout armé, équipé, 

Comme un vrai guernardier ! 



bis 



35 

LE RETOUR DU CONSCRIT 



Recueillie et uotée par 

M el > Ponty 

Andanto 



Harmonisée par 

M e L le Aimée de Mourgues 



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Le plus jeune des trois 

Y r'grettait ben la sienne. 

Y r'grettait ben la sienne, 
Il avait ben raison ; 
C'était la plus gent' fille 
Qu'était dans le canton. 



Son père y lui répond 
D'un air tout en tristesse ; 
« Françoise, ta Françoise, 
François' n'est plus ici ! 
Son corps il est en terre, 
Son âme au Paradis ! » 



Le jeun' garçon s'en va 
Trouver son capitaine : 
« Bonjour, mon capitaine, 
Je viens qu'ri mon congé 
Pour aller voir Françoise, 
Qu'aile est en train d' crier ! » 



Le jeun' garçon s'en va 
Tout dret dessus sa tombe : 
« Françoise, ma Françoise, 
Françoise, réponds-moi ! 
Avant que je m'en aille 
Au service du Roi ! » 



Le jeun' garçon s'en va 
Tout dret de chez son père : 
« Bonjour, chers père et mère, 
Frères, sœurs, chers parents ! 
Je viens voir ma Françoise 
Que mon cœur aime tant ! » 



Le jeun' garçon s'en va 
Trouver son capitaine : 
« Bonjour, mon capitaine, 
Me voilà de retour. 
Puisque Françoise est morte, 
Je servirai toujours ! » 



8. 



« Oh ! mon jeune garçon, 
T'en trouveras ben d'autres, 
T'en trouveras ben d'autres 
De toutes les façons, 
Des noir's et pis des blondes 
Sur le pont du canton ! » 



37 

OHÉJOHO! 



Recueilli.' par M. Duranton 

Mouvî de bourrée 



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Notée et harmonisée par 

L. Branchet 



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C qui m'plasait l'pus dans l'état militaire, 
C'atait l'Emp'reur anvec ses génériaux 
Qu'avint des habits qu'arluisint, mon père, 
Qu'les grous seigneurs en ont pas des pus biaux ! 

Au Refrain. 



—Tes bœufs, mon gars, sont pus dans nout'étable! 
J'ies ons vendus à nun marchand manciau. 
Quand j'avons su qu'y z'allint à l'harbage, 
J'ons t'y pleuré ceux pour' p'tits annimiaux ! 

Au Refrain. 



J'arcounnais pus nout' fumier, ni nouf grange ! 
V'avez donc fait arracher l'grous ormiau ? 
C'est atounnant en six mois coumm' tout sange, 
A nout' grand puits qu'on peut y tirer d'I'iau ! 

An Refrain. 



— V'avez vendu ceux p'tit's bêt's si mignounnes 
Qu'a bougint pas pu que l'meure et l'ariot ! 
Qu'avint dTesprit ben pir' que des parsounn's... 
J'ons t'y chagrin d'mon Rondin, d'mon Beugnot! 

Au Refrain. 



J'vois pas ma soeur, là qu'aile est don fourrée ? 
A dounn' queupart à manger aux pourciaux ! 
Anvec soun houmm' s'a-t-ell' ben rencontrée ! 
J'cours à mes bœufs et j'cours à mes p'tits viaux ! 

Au Refrain. 



— J'vois pas ma mèr', qui qu aile est parti' faire ? 
A-t-ell' toujou son grand mal d'estoumac ? 
A-t-ell' toujou son grand mal d ordinaire ? 
Quand ça v'nait d'I'iau, ça sarvait d'armanach ! 

Au refrain. 



— Ah ! mon pour' gars, pari' moue point d'ta pour mère. 

Ça s'ra ben yell' qui nous ruin'ra tertous ! 

Tous les six mois, j'vas cheux l'apothicaire... 

Y m'en emmanche à chaqu' fois pour trenf sous ! 

Au Refrain. 



39 

LE GAS BRÛLANT 



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Sans lenteur 



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Notée et harmonisée par 

Francisque Darcieux 



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il) 0// peut allonger les couplets il l'infini en passait! en terne 

tous les"ajfuttaux" dont une paysan ne coquette se paie habituellement 



LA CHANSON DU GRENADIER 



Notée et harmonisée par 

André Cœdès-Mongin 



Mouv! do marche joyeux 



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La bell' si nous p.ir Ions Ces1 la loi qui L'or don - ue, La 



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La bell' si tu voyais, 

Notre ordonnanc' de guerre ! 

La bell' si tu voyais, 

Le drapeau des Français. 

C'est le commandant 

Qui marche à la tête, 

C'est les grenadiers 

Qui marchent les premiers. 

Au Refrain. 



Voilà minuit sonné 
Battez la générale, 
Voilà minuit sonné 
C'est pour nous éveiller. 
Allons donc soldats, 
Encore une alerte ! 
Et c'est l'ennemi 
Qui marche jour et nuit. 



Au Refrain. 



Beau maréchal de camp 
Fait's avancer vos troupes, 
Beau maréchal de camp 
Fait's les mettr' sur trois rangs, 
Voyez comme ils sont fiers, 
Voyez quelle assurance 
Ils s'en vont cueillir 
Des lauriers pour la France ! 

Au Refrain. 



Cher émant si tu t'en vas, 
Cher émant que mon cœur aime, 
Cher émant si tu t'en vas 
Mourir dans les combats, 
Je ferai dir' des messes, 
Des mess's et des prières 
Pour te préserver 
Cher émant, du danger. 

Au refrain. 




4." 



MARCHE DES GAS DE LA CHATRE 



Recueillie par M. Montu 

Notée par Ch. Denis 



Harmonisée par 

André Coedès-Mongin 



Allegro avec entrain 

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.tourn' joy _ eux du ré. gi. ment. Qmh la France est char, mante Et sa troupe é . ga.le. 



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Y m'avont bien mis en route 

Etant fatigue, 
N'ayant point d'souliers aux pieds ; 

Y m'avont bien fait coucher 
Sur la plume de cinq pieds, 
Oh ! pour moi quell' cruauté 
De m'y voir si mal couche. 

Oh ! va ! Oh ! va ! si j'attrap' mon congé, 

Non, non, jamais j'y retourne a l'armée ! Au refrain 



J'ai fait bouillir la marmite 

Dans un trou de terre, 

Avec du bois sec et vert, 

l'ai bien mange du jambon. 

Du pain noir d'amounition, 

l'ai bien couché su l'Iit d'camp 

Avec tous ces bons enfants ! 

Les tUl>. les femm's a nous ont bien aimé 

Car y en avait qui suivaient not' armée ! Au 'rfrcm 



J'ai bien fait la sentinelle 
Face à l'ennemi, 
. Baïonnette à mon fusil. 
Oh ! J'ai bien roulé mon corps 
A travers tous ces corps morts, 
Mon sac en est tout perce 
Par les bombes et lc> boulets, 
Et mon habit est tout rempli de trous. 
Mais Dieu, merci! Je m'en retourn' chez nous! Au refrain 



45 



LE JEUNE VOLONTAIRE 



Mouvt de Marche 



Notée et harmonisée par 

Francisque Darcieux 



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Son papa y lui répète : 
« Vous êt's encor' trop jeunette, 
Et attendez encore un an, 
Et vous finirez vos quinze ans. 
Je vous marierons peut-être, 
Ronflant... etc. » 



L'capitaine y la regarde : 
« Vous m'avez l'air, camarade. 
Oh ! mais dedans nout' régiment, 
Xous n'avons que des bons enfants ! 
J aimons pas ceux barbes fines, 
Ronflant... etc. » 



La bell' n'attend pas tout cela 
Va trouver son capitaine : 
« Oh ! bien l'bonjour, mon capitain' 
Je viens ici pour m'engager, 
Avec un jeun' volontaire, 
Ronflant... etc. » 



« Quoique j'ay' la barbe fine, 
R'gardez, j'ai encor' bonn' mine. 
Oh ! qu'non me mett' lesarm'sen main 
Et qu'non m'envoye aux Autrichiens... 
J'y ferai ben la conduite, 
Ronflant... etc. » 



47 

LA DEMANDE EN MARIAGE 



Recueillie et notée par 

L. Farge 



Harmonisée par 

André Coedès-Mongm 



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A vous, bonjou, maît' Pierrette, 
Comment y vont tous cheux vous ? 
Pé Colas, la mé Nannette 
Et les aut' tertou itou. 
Tapez-vous su c'te bancelle, 
Fait' assiésé vout' grand gars ; 
Qu'i nous baille des nouvelles 
D'tout vout' mond' de par là-bas ! 

Fait' esscuse à moun hardiesse, 
Moi j'eum' pas les embarras ; 
Vlez ti dominer vout' drôlesse 
En mariage à nout' grand gars ? 
Al' y baill' dans la voyure, 
A l'eumer si ben, si biau, 
Ou'all y voit sa portraiture 
Dans les yeux à nout' tauriau. 

Nout' fille a tir' ben les vaches, 
A sait ben fai' bouer' les viaux, 
Ariez l'soir a les attache 
Pour fair' manger nos igniaux. 
C'est ben z'ell' qui fait la soupe 
Aux char'riers et aux batteux, 
Ariez elle qui la coupe 
Enter' tous nos moissonneux. 



Pour la Margot, magrandine, 
C'est pas pour vous la bouzer 
La drôlesse al' est ben fine 
Pour coud', ariez pour filer, 
La gaillarde al' est pas ûète 
Pour rabiller un sarriau, 
Mett' des boutons à des guêt'es, 
Ariez, y mette un vanniot. 

Nout' richesse al' est pas forte, 
Comm' vous j'somm' des p'tits fermiers ! 
Mais nout' gars y vous apporte 
Deux bons bras pour travailler. 
D'yeu marier, y sont en âge, 
Tous deux, j'cré, y s'eumont ben ! 
Faut donc que le mariage 
Y s' fasse le mois prochain. 

Ariez, pour que rin s'démanche, 
Dré c'soir allons cheux l'Curé... 
Les bans publierons dimanche, 
Ça s'ra pus vit' terminé... 
C'est y vout' avis, maîtresse ?... 
Et ben quoi ? vlà qu'vous pleurez ! 
Bah ! fait' vous pas de tristesse, 
Savez ben qu' faut s'séparer !... 



Quoiqu' ça nous fass' ben d'ia peine 
D'voir parti' nout' fill' d'cheux nous, 
J'nous consolons, moun Etienne, 
D'savoir qu'ai' renter' cheux vous !... 
Bon d'ià d'gars, j'te dounn' ma fille, 
Top'là... bon... ça y'est, mon vieux. 
Vous fiez eun' gente famille, 
Soyez bénis du Bon Ghieu. 



49 

LES PLEUMES DE BOEUF 



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N'itec ut harmonisée par 

André Coedès-Mongin 



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doue' comme un a - ^nnau! C'est ben pour ça qu'j'ai p^ur qu'a 



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m'plant' des pleum'» <!»• bœuf sous mon cha . piau. 

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<i> Z.ts points d'orgue doivent être longs. 



Ail' port' des coiff' s de dentelles 
Pour gourgandiner au bal. 
Un' gent' fill' qui va si belle, 
Un beau jour, ça tourne mal. 
Les gars qui dansent, la plaisantent 
Et la bij'nt su l'bout du musiau. 

An Refrain. 



Un beau mossieur de la ville 
Habillé en fignoleux 
S'en vint visiter c'te fille 
Comme en manier' d'amoureux. 

Y t'ia vire, y t'ia tourmente, 

Y fia retourn' comme un sanciau... 



Au Refrain. 



Buvons donc, mon ami Gilles, 
C'est le cadet d'nout' souci 
Pourquoi se fair' de la bile 
Et s'bournager l'cœur ainsi ! 
A table mon âme est contente 
Et quand ej bois du vin nouviau... 

Au Refrain. 



y me fich' pas mal qu'aile m'en plante 
Cinq à six pint's sous mon chapiau ! 



51 



LA SERVANTE QUI VEUT SE FAIRE 
AUSSI BELLE QUE SA DAME 



Notée et harmonisée par 

Francisque Darcieux 



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Avec mouvi 



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Dedans Rt.ris y a tu. ne <la - nu^ui est 



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bel . le comme le jour Dedans Ri . ris va tu. ne da . me^ui esl 




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bel . leconinie le jour Elle a. vait u. ne ser_ van.te^u'auriul qu'au. 




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rait qu'aurait vou lu Etre aus. si bell'que sa dH me Mais fil' n'apus pu, 

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Suivez 



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52 



EU' s'en va chez l'apothicaire : ) 

— « Monsieur, vendez-vous du fard ? ) 
Et combien l' vendez-vous donc ? 

— « Je l'vends, je l'vends deux écus l'once ». 

— « Donnez m'en un' demi-once 

Pour un écu ! » 



— « Quand ce sera pour vous farder, 
Prenez garde à n'pas vous mirer. 
Eteignez votre chandelle, 
Barbou, barbou, barbouillez-vous, 
Le lend'main vous serez belle 
Comme le jour ! » 



Mais ce n'fut pas le matin-jour, 
La belle prit ses beaux atours, 
Elle prit sa jupe verte, 
Son blanc, son blanc, son blanc corset, 
S'en va faire un tour de ville 
Sans se mirer. 



Au bout d'ia ville, ell' rencontra 
Son galant qui lui dit comm' ça : 

— « Où vas-tu, franche coquette, 
Si bar, si bar, si barbouillée ? 
Tu ressembl's au ramoneur 

De cheminée ! » 

6. 

EU' s'en va chez l'apothicaire : 

— « Monsieur, que m'avez-vous vendu ? » 

— « J'vous ai vendu du cirage 
Pour ci, pour cirer vos souliers, 
Car ça n'appartient qu'aux dames 

De se farder ! » 



bis 



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53 

LE CORNEMUSEUX D'MARMIGNOL 



Notée par 

Wt° Hugues Lapaire 

Allegretto 



Harmonisée p«r 



M' 1 . 1 '' Aimée do Mourgues 



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Vous h .vez ben tous con .nu L'pé La .rue et 

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Ouin.ouin. ouin.ouin, ouin. D'puisquec't'homm'n'e _ xis-te pus J'vousassur'que jelVegrette 




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Ouia ouin. ouinouinouin, Y m'a laissé en tes-tnmeiri Samusett'pourbout'ferd'daaslan 



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J'ons un' nouvell' piau d'mouton 
Pour orner nout' cornemuse 
Ouin, ouin, ouin, ouin, ouin, 
Yaura pus qu'les deux bâtons 
Qu'sont en bois d'cormier ben use 
Ouin, ouin, ouin, ouin, ouin, 
Malgré ça j'ia changeais pas 
Pour cell'-la du pèr' Lucas, 
Landou, landou, landou. 

Au Refrain. 

3- 

Ej'seus composeux d'chansons, 
J'ons la mémoir' ben heureuse, 
Ouin, ouin, ouin, ouin, ouin, 
J'en faisons sur les buissons 
Et sur les roses mousseuses, 
Ouin, ouin, ouin, ouin, ouin, 
Sur les charmes de jeanneton 
Et la vertu de Margoton, 
Landou, landou, landou. 

Au Refrain. 



J'ons un' femm' depuis queuqu' mois 
Que m'suit partout dans la fête, 
Ouin, ouin, ouin, ouin, ouin ! 
La jalous'té vient queuqu' fois 
Y troubler les sangs d'ia tête, 
Ouin, ouin, ouin, ouin, ouin ! 
Aile a ben tort de s'déranger, 
Les fumell's v'iont pas m'manger, 
Landou, landou, landou. 

Au Refrain. 

5- 

Si l'Bon Dieu m'dounne un garçon 
A la saison des asparges 
Ouin, ouin, ouin, ouin, ouin, 
Tout's les filles du canton 
Pourront fair' brûler un ciarge, 
Ouin, ouin, ouin, ouin, ouin ! 
Ça s'ra un gars ben heureux 
Car y s'ra cornemuseux, 
Landou, landou, landou. 

Au Refrain. 



55 

LA TREUE GARELLE 



Notée et harmonisée par 

Francisque Darcieux 



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Modérément 'sans lenteur l 



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Quand je . tions de chez 



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ne You nia tron. tron. tron, tron, ti. re ton! 




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J'étais encor' ben jeunette, 
J'oublissi mon déjeuner. (bis) 

You ma tron tron... etc. 



Yavait plus qu'la treu' garelle 
Oui n'voulussit point danser (bis) 
You ma tron tron... etc. 



Ce fut l'valet d'chez mon père 
Qui fussit me le chercher. (bis) 
You ma tron tron... etc. 



L' verrat la prit par l'oreille 

Ma foi ! Tu viendras danser (bis) 

You ma tron tron... etc. 



En r' venant prit sa musette 

Et s'mit à cornemuser. (bis) 

You ma tron tron... etc. 



lu comment veux-tu que j'danse 
Je seus prête à couchouner (bis) 
You ma tron tron... etc. 



9- 



Les cochons de queuille en queuille 
Y se sont mis à danser. (bis) 

You ma tron tron... etc. 



Quand ail' fut dedans la danse, 
AU' sauta qu'tout en ronflait ; 
AU' sauta jusqu'au plancher. 
You ma tron tron... etc. 





HUGUES LAPAIRE 



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57 

VIVE LE VIN 



Recueillie par M. Henri Lamarre 
M ^Allegro 



Ni ite'e et harmonisée par 

M* L 1 '' Aimée de Mourgues 




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pa- *i je l'an _ rai Jai fait la cour à u _ ne bru _ ne Mais je n'sai 



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rents i|ui l'en dé - tour nent Vi ve le vin! Vi ve le 



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58 



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Ah ! si ma mie aile est pas gente, 
Aile a un air qui me convint. 
Aile a un air de dir', de dire... 
Donnez du vin que je m'enivre ! 
Vive le vin ! 
Vive le vin ! Vive l'amour 
Et voilà le jour ! 



bis 



Oh ! Je la pris par sa main blanche 
Pour la conduir' dans mon jardin, 
Pour y cueillir de la salade, 
Des (h)artichaux à la poivrade... 
Vive le vin ! 
Vive le vin ! Vive l'amour 
Et voilà le jour ! 



bis 



Ah ! Si l'amour prenait racine, 
Dans mon jardin, j'en planterais, 
J'en planterais si long, si large, 
J'en frais part à mes camarades, 
Vive le vin ! 
Vive le vin ! Vive l'amour 
Et voilà le jour ! 



bis 



59 

NOËL 



Nottît; et harmonisée par 

André Cœdès-Mongin 



Galment 



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BouJonsnos habits les plus biaux Que j'uns quand il e»t fè.te; 



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l'uur h . durer l'en _ tant nou.viau Ça s'rait t'j mal.hou . ne - te. ^ij'ul 




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2. 

— Jarnigué ! L'air est ben cuisant 

Pour s'ajancer si brave. 

Pour moi, je demeure au dedans 

Ou descends à la cave. 

Quand on veut m'emm'ner de c'temps 

On me fiche une entrave. 



— Tu fais le délicat et blond, 
Du temps tu crains l'injure, 
La nuit, déjà couché le long 
De c'te vieille masure, 
Saoul comme noute couchon, 
Craignais-tu la frédure ? 



— Aga Nannette, t'a raison, 
Tu parles coumme un prête, 
Monsieur l'curé dans son sermon 
N'en dit point tant peut -été : 
lu li ferais sa leçon, 
Tu serais ben son maîte ! 



5- 

— Y veut surtout, quoiqu'il en soit, 
Que l'on fasse l'offrande. 
Puisque cela si fort lui plaît, 
Faisons ça qu'il commande. 
Pour moi, j'offre sans regret, 
Ce que j'ai de ferlande. 



6. 



Madame Louise prend chemin 
Avec nout' assemblée, 
Apportant saucisse et boudin 
Et vin blanc de l'année... 
Et puis j'iions sans chagrin 
Honorer l'accouchée. 



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Lapai re, Hugues 

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Lap.aire, Hugues 

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